Ce jour-là, on y verra plus clair. Quand les Irakiens publieront samedi la déclaration demandée par l’Onu sur l’état de leurs programmes d’armement, quand ils auront vraisemblablement répété qu’ils ne posséderaient plus d’armes de destruction de masse, la réaction de Georges Bush esquissera ses intentions. Première hypothèse, les Américains montent immédiatement au créneau, proclament que preuve est faite de la mauvaise foi irakienne, saisissent le Conseil de sécurité et demandent à l’Onu d’agir, autrement dit d’autoriser une intervention militaire contre le régime de Bagdad. Ils ne seront pas suivis. Les autres membres du Conseil rétorqueront que les inspections sont précisément faites pour vérifier la véracité des déclarations irakiennes. La guerre ne s’enclenchera pas en trois jours mais les Américains auront laissé voir que la cause était entendue et que guerre il y aurait au moment de leur choix. C’est apparemment le plus probable. C’est déjà ce que laisse entendre la Maison-Blanche en répétant urbi et orbi qu’elle sait pour sûr que Saddam Hussein a poursuivi le développement d’armes de destruction de masse et qu’il ne ferait, à le nier, que signer ses crimes. Logiquement, on devrait bientôt se rapprocher de la guerre mais ce n’est pourtant pas une certitude absolue et cela pour trois raisons. La première est que, sauf à pouvoir se prévaloir de preuves irréfutables qu’ils n’ont pas alignées jusqu’à présent, les Etats-Unis auront du mal à établir une logique entre la reprise des inspections à laquelle ils ont souscrit et le déclenchement d’une guerre alors que ces inspections ne font que commencer. Le deuxième élément de doute a été introduit il y a juste vingt-quatre heures par Colin Powell, le chef de la diplomatie américaine qui, interrogé sur la première semaine de travail des inspecteurs, a répondu, je cite : « Jusqu’à présent, je pense que c’est un assez bon départ ». Le secrétaire d’Etat est connu pour représenter l’aile modérée de l’administration Bush. Il est en conflit ouvert avec Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, mais il n’en serait pas moins surprenant qu’il ait porté ce jugement, au demeurant exact, si la Maison-Blanche avait d’ores et déjà décidé de partir en guerre, inspections ou pas. Cette phrase laisse au contraire penser qu’il y a deux fers au feu à Washington, que le débat s’y poursuit et qu’il n’est pas impossible que les gesticulations américaines aient pour premier objectif de susciter un coup d’Etat à Bagdad en persuadant des militaires irakiens que leur intérêt serait de renverser Saddam puisque, de toute manière, les Etats-Unis ne le laisseront pas en place. Si cela se produisait, Georges Bush triompherait sans avoir eu à prendre les risques d’une intervention militaire. Ce serait, pour la Maison-Blanche, la meilleure des solutions car, en mettant l’armée au pouvoir, elle aurait aussi l’avantage de préserver l’unité irakienne, d’empêcher un éclatement du pays qui est le cauchemar de tous les Etats de la région – y compris des régimes les plus proches de Washington. Plus que deux jours pour un savoir un peu plus.

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