Une cage ouvrait ce défilé – une cage dans laquelle un oiseau blanc symbolisait la démocratie emprisonnée et derrière laquelle 250 000 manifestants, 67 000 selon la police, revendiquaient le « suffrage universel ». Cela se passait hier en Chine, dans cette partie si spécifique de ce pays que constituent les 1500 km² de Hong Kong et qui devient un vrai casse-tête politique pour Pékin. Hong Kong, ce fut d’abord une île à l’embouchure de la rivière des Perles, sur la côte sud de la Chine, que l’empire du Milieu avait du céder aux Britanniques en 1842, après la guerre de l’opium. Dix-huit ans plus tard, la péninsule de Kowloon s’ajoutait à cette île et, en 1898, Pékin accordait à la Grande-Bretagne un bail de 99 ans sur des territoires contigus qui allaient former les neuf dixièmes d’une enclave, Hong Kong, restée colonie britannique jusqu’en juillet 1997, il y aura bientôt dix ans. De quelques milliers de pêcheurs au départ, la population de Hong Kong compte, aujourd’hui, six millions de personnes car, longtemps zone franche, ce port a assuré une part essentielle des échanges entre la Chine et le monde avant de devenir, après la révolution communiste, le refuge des capitaux de Shanghai et de Canton puis une place industrielle et financière de première importance. Hong Kong a préfiguré l’éveil de l’Asie puis de la Chine. Ce petit dragon fut un laboratoire du grand bouleversement dans lequel le monde est entré mais la profondeur même de ces changements, un rapport de forces qui n’a plus rien à voir avec ceux du XIX°, rendaient inéluctables son retour à la Chine. L’ancienne colonie d’une démocratie a recouvert son indépendance en devant s’intégrer à une dictature qui a inventé, pour l’occasion, le principe d’« Un Etat, deux systèmes » avec promesses d’autonomie et de respect du suffrage universel comme « but ultime ». Parce qu’elle était soucieuse de ne pas tuer cette poule aux œufs d’or en faisant fuir capitaux et savoir-faire, la Chine a ménagé Hong Kong dont elle respecte les libertés, celle de la presse au premier chef, mais le chef de l’exécutif est nommé par une Assemblée nommée par Pékin et seule une moitié des députés locaux est élue. A Hong Kong, la Chine veut à la fois ne rien casser, ne pas laisser se créer une enclave démocratique pouvant donner des idées au reste du pays et ne pas effrayer surtout, par une répression brutale, la population de Taiwan, de la Chine non-communiste, autre île, indépendante, richissime et surarmée, qu’elle entend bien récupérer aussi. Pour Pékin, Hong Kong est une quadrature du cercle d’autant plus compliquée que ces six millions d’irréductibles ont parfaitement compris qu’ils disposaient d’une marge de manœuvre et l’utilisent avec détermination, sachant jusqu’où ne pas aller trop loin mais y allant, exigeant le suffrage universel qui leur a été promis et manifestant pour lui. Pris entre deux feux, un chef de l’exécutif a déjà du déclarer forfait en 2003. L’actuel ne voit pas d’un si mauvais œil ces manifestations qui le renforcent vis-à-vis de Pékin. A Hong Kong, une énorme partie se joue car c’est la capacité d’adaptation démocratique du régime chinois qui se teste là-bas.

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