C’est tout le paysage proche-oriental que la crise libanaise est en train de modifier. Depuis vendredi, Hezbollah en tête, les partis chiites et ceux des Chrétiens qui les soutiennent cernent le siège du gouvernement en plein cœur de Beyrouth. Avec ce sit-in permanent, ils entendent obtenir un remaniement qui leur donnerait une minorité de blocage au sein du cabinet, autrement dit le contrôle du pays. Ce qui est en jeu, ce sont, d’une part, les revendications des chiites, devenus la première communauté du pays mais sous-représentés dans ses institutions et, de l’autre, le retour de la Syrie sur la scène intérieure libanaise dans la mesure où le Hezbollah s’appuie sur Damas et réciproquement. Ce bras de fer a fait, hier, sa première victime, un manifestant chiite dont la dépouille est, depuis, veillée par les assiégeants en attendant son enterrement aujourd’hui. Très forte, la tension est encore montée d’un cran hier. On est au bord d’un affrontement intercommunautaire et, débarrassé de la présence militaire syrienne depuis l’assassinat, il y aura bientôt deux ans, de l’ancien Premier ministre sunnite Rafic Hariri, le Liban risque à chaque instant de retomber sous la coupe de son puissant voisin. Au-delà même de ce pays de tous les déchirements, c’est tout le rapport de forces régional qui est en question car l’autre parrain du Hezbollah, le pays qui l’arme et le finance, n’est autre que l’Iran, la grande puissance chiite du Proche-Orient. Si les manifestants de Beyrouth obtenaient gain de cause, ce n’est donc pas seulement que la Syrie reprendrait le contrôle du Liban. C’est aussi, c’est surtout, que l’Iran chiite, après avoir pris pied en Irak, se projetterait jusqu’au cœur du Proche-Orient sunnite et, du même coup, jusqu’à la frontière nord d’Israël, modifiant toutes les données stratégiques et plaçant les forces de l’Onu déployées au Sud-Liban dans une situation aussi nouvelle qu’inquiétante. C’est dire que cette énième crise libanaise est explosive. Sa gravité est si grande qu’elle est en train de dessiner une ligne de front bouleversant les idées reçues puisqu’elle met face-à-face l’axe chiite d’un côté - l’Iran et ses alliés irakiens et libanais - et, de l’autre, les grands pays sunnites, Egypte, Arabie saoudite et Jordanie, les Occidentaux et Israël. Suscité par la crainte de l’Iran, esquissé dès la guerre de l'été dernier, le rapprochement entre Israël et les pays sunnites, c’est-à-dire les grands pays arabes, devient une réalité chaque jour plus évidente qui se traduit dans leur soutien commun au gouvernement libanais et dans les contacts de plus en plus étroits et de moins secrets qu’ils développent. Nul ne sait à quoi ce bouleversement pourrait conduire et, pour l’heure, une idée fait son chemin, en Israël ; dans les pays arabes, en Europe et aux Etats-Unis - celle d’un compromis séparé avec la Syrie que le front anti-iranien voudrait séparer au plus vite de Téhéran.

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