Bon ou mauvais, c’est un usage diplomatique. A toute élection, ou réélection d’un chef d’Etat ou de gouvernement étranger, ses pairs lui adressent un message de félicitations, même s’il appartient à un camp politique tout à fait différent du leur. C’est presque un automatisme, à ranger dans la même catégorie que ces tutoiements, protestations d’amitié et invitations réciproques dans leurs résidences privées qu’échangent les grands de ce monde. L’idée de base est que les relations personnelles comptent beaucoup plus qu’on ne croit dans les relations entre Etats, qu’il vaut donc mieux qu’elles soient bonnes et ménagent les ego. Tout cela est, en vérité, ridicule et bien superflu mais, puisqu’il en est ainsi, pourquoi les félicitations adressées par Nicolas Sarkozy à Vladimir Poutine suscitent-elles autant de critiques ? C'est, d'abord, que le candidat Sarkozy annonçait il y a peu qu’on allait voir ce qu’on allait voir sur sa détermination dans la défense des droits de l’homme et qu’on ne voit rien de plus, voire moins, que partout, toujours. Avec le piment Kadhafi, cela donne une conversion un peu trop brutale à la realpolitik pour ne pas faire de vagues mais puisqu’il est vrai que la démocratie ne s’impose pas de l’extérieur, qu’on ne choisit pas ses interlocuteurs et que les relations internationales ont des raisons que la morale ne connaît pas, faut-il vraiment reprocher au chef de l’Etat d’avoir trop vite appris son métier ? Il y a, oui, des raisons de le faire et la première en est que le régime russe n’est pas parlementaire mais présidentiel. Officiellement en tout cas, ce n’est pas Vladimir Poutine qui a été réélu dimanche, même s’il était tête de liste de son parti dans ces législatives. Les félicitations de Nicolas Sarkozy ont donc semblé entériner, et approuver d’avance, la manœuvre du Président russe qui s’apprête à utiliser cette victoire parlementaire si mal acquise pour contourner l’interdiction constitutionnelle de briguer un troisième mandat. Ce n’est plus de l’usage diplomatique. C’est presque une connivence. Elle tient sans doute au fait que la Russie et son Président sont devenus incontournables sur des dossiers internationaux brûlants et des contrats bienvenus mais il se trouve, troisième malaise, que l’Italie aura été la seule démocratie à manifester tant de hâte. Le Président français se trouve là en compagnie des présidents kazakh et iranien. Il y a mieux et, quatrième malaise, ce cavalier seul rompt la solidarité européenne et laisse à l’Allemagne les réactions les plus critiques alors même que l’intérêt commun des Européens, France comprise, aurait été de faire front, ne serait-ce que dans un silence réprobateur dont l’éloquence aurait pu suffire. Et puis, cinquième malaise, pour autant que Vladimir Poutine soit populaire, pour autant que les Russes le préfèrent de loin aux années Eltsine, rien n’est encore joué à Moscou. Déjà perceptibles en octobre, les batailles de clans au sein des services secrets, le véritable pouvoir russe, se font de moins en moins discrètes. Ce Président n’a pas déjà gagné. Il n’y a pas forcément d’habileté à déjà l’embrasser.

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