On voit bien l’idée de ce plan de relance présenté, hier, par Nicolas Sarkozy. Comme souvent chez lui, il s’agit d’essayer de marier des contraires, d’injecter, en l’occurrence, beaucoup d’argent public pour parer la récession qui s’amorce mais de le faire sans trop durablement déséquilibrer les comptes de la nation. En vertu de cette double exigence, les quatre cinquièmes des 26 milliards d’euros dont il a annoncé la mobilisation relèveront d’une accélération de dépenses déjà programmées mais sur une plus longue durée, qu’il s’agisse de remboursements anticipés de l’Etat aux entreprises et aux collectivités locales ou de la mise en chantier, plus rapide que prévu, de travaux d’infrastructures. Ce choix suscite, logiquement, des réactions opposées. Les uns se félicitent de cette prudence budgétaire et se réjouissent que ces milliards n’aillent pas alimenter les importations. Les autres déplorent que la relance par la consommation bénéficie si peu de ce plan alors que les salaires et le niveau de vie stagnent ou, de fait, régressent depuis si longtemps. Tous ont raison mais, au-delà de ces réactions, c’est par manque d’ambition que ces mesures pêchent. Vingt-six milliards, c’est beaucoup d’argent. C’est l’équivalent de ce que Gordon Brown va mobiliser en Grande-Bretagne mais on aurait attendu du président français, d’un homme qui, bien ou mal, vient de beaucoup se démener pour tenter de convaincre les autres pays de l’Union de resserrer leurs politiques économiques et de transformer l’eurogroupe, la zone euro, en instance décisionnelle, qu’il ne se résigne pas si vite à ce que les 27 combattent la crise en ordre aussi dispersé. A défaut d’avoir pu faire entendre ses arguments, il lui fallait, bien sûr, agir dans le cadre national mais cette crise sera probablement si longue et va si certainement continuer à faire bouger les lignes dans toutes les capitales européennes, à briser d’autres dogmes comme elle a déjà brisé ceux de la dette et du refus du rôle économique de l’Etat, qu’on aurait souhaité que la France prenne date, hier, en proposant de nouveaux horizons à l’Union. On aurait souhaité que ce discours ait une deuxième partie dans laquelle Nicolas Sarkozy dise aux autres Européens : chacun agit chez lui comme il l’entend, très bien, mais cela ne peut pas suffire car cette crise doit être l’occasion, pour nous tous, de préparer les batailles économiques de demain, d’affirmer ensemble une économie européenne assez forte et compétitive pour faire face à la concurrence des autres grandes puissances, établies ou émergentes. Aider l’industrie automobile française, oui, mais c’est du court terme. Le long terme exige, lui, de faire pour cette industrie ce qu’on a fait pour l’industrie aéronautique en créant Airbus et il en va de même pour beaucoup d’autres branches industrielles, pour la recherche, pour les universités ou pour le réseau ferroviaire. Les autres capitales de l’Union ne sont pas encore prêtes à entendre cela mais ce n’est pas une raison, bien au contraire, pour ne pas le marteler et ne pas avancer de propositions qu’un jour, bientôt, la réalité imposera.

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