« C’est la démocratie en action », a déclaré Dmitri Medvedev en estimant que la future répartition des sièges à la Douma, l’Assemblée nationale russe, reflétait celle « des forces politiques dans le pays. « C’est un résultat optimal », a renchéri Vladimir Poutine en expliquant que ce verdict des urnes permettrait « d’assurer le développement stable du pays » mais, quoi qu’ils en disent, c’est un camouflet que les élections d’hier leur ont infligé.

Alors que le parti du pouvoir, Russie unie, s’était adjugé 64,3% des voix aux législatives de 2007, il n’en affiche plus là que 49,54% des voix. Malgré l’effarante partialité des télévisions, tout entières mobilisées en sa faveur, malgré la fraude qui paraît n’avoir jamais été aussi vaste, Russie unie enregistre un recul de près de 15 points qui tient tout à la fois à une profonde évolution de l’électorat et à un calcul du Kremlin.

En vingt-cinq ans, depuis que Mikhaïl Gorbatchev y avait semé les germes de la démocratie, la société russe a changé du tout au tout. Elle a pris goût à la liberté, s’est diversifiée et connaît beaucoup mieux le monde extérieur où il est devenu courant, pour les classes moyennes, d’aller passer ses vacances. Les Russes savent aujourd’hui ce qu’est la démocratie et, s’ils avaient très majoritairement applaudi au retour d’un pouvoir fort lorsque Vladimir Poutine leur avait promis de mettre fin aux règne des mafias qui s’étaient approprié la richesse nationale sous Eltsine, ils sont désormais las de l’arbitraire du pouvoir.

Ils veulent que la démocratie reprenne sa marche en avant et c’est pour cela que leur actuel président, Dmitri Medvedev, avait fini par incarner le changement auquel ils aspirent. Propulsé au Kremlin parce que la Constitution interdisait à Vladimir Poutine de briguer un troisième mandat consécutif et initialement chargé de lui chauffer la place en attendant les élections de 2012, ce juriste arrivé à l’âge adulte après l’ère soviétique avait vite fini par prendre son rôle au sérieux.

D’un discours à l’autre, il n’avait pas cessé de dénoncer l’arriération de la Russie et de plaider pour son rapprochement avec l’Europe et les Etats-Unis. C’était ce que voulaient entendre les classes moyennes. Cela avait tellement plu que Dmitri Medvedev en était venu à suffisamment envisager de se porter candidat à sa propre succession pour que Vladimir Poutine ait brusquement sifflé la fin de la partie en septembre dernier. Il avait alors contraint Dmitri Medvedev à rentrer dans le rang en annonçant lui-même que le seul candidat serait Vladimir Poutine auquel il succéderait comme Premier ministre.

On ne pouvait pas mieux dire que les élections russes n’étaient qu’une farce. La popularité de Vladimir Poutine et de son parti en avaient si spectaculairement reculé qu’il fallait que le résultat des législatives reflète cette réalité sous peine d’une complète déligitimisation du pouvoir et d’un risque de protestations et c’est ainsi que le Kremlin a décidé d’afficher ce recul, de faire la part du feu par crainte d’une crise politique. La Russie n’est pas devenue, hier, une démocratie mais les rapports de force y ont si profondément changé que le pouvoir a dû en tenir compte.

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