C’est un bras-de-fer qui tient l’Amérique en haleine, un feuilleton politique aux rebondissements quotidiens dont l’issue ne concerne pas seulement les Etats-Unis. Très lourdement endettés, les Américains doivent réduire un déficit budgétaire devenu abyssal. C’est le constat sur lequel républicains et démocrates sont d’accord mais, toute la question, tout le débat est de savoir comment procéder et là-dessus, le désaccord est violent.

Parce qu’ils considèrent que « l’impôt tue l’impôt » en réduisant l’investissement, la croissance et, donc, les rentrées fiscales, parce qu’ils estiment que la richesse est une récompense de talents qu’il faut encourager et qu’il n’y a en conséquence pas de raisons de l’imposer à des taux plus élevés que des revenus moyens ou modestes, les républicains prônent pour seul remède une réduction massive des dépenses de l’Etat qui ne devrait cependant pas toucher les dépenses militaires mais essentiellement les budgets sociaux.

Il ne faut pas, disent-ils, enfermer les pauvres dans la « trappe de l’assistanat » mais les conduire au contraire à trouver en eux-mêmes les ressources nécessaires à leur bien-être et ne les y aider qu’en réduisant la pression fiscale pour eux comme pour les gens aisés et les plus riches. Argumentée en toute conviction et bonne conscience, c’est la position républicaine à laquelle s’oppose radicalement celle de Barack Obama.

Pour le président américain, il serait inconcevable que, dans des temps aussi difficiles, les baisses d’impôt massives décidées par Georges Bush, son prédécesseur, soient reconduites en l’état, c’est-à-dire sans que les plus riches - les 2% d’Américains les plus riches, martèle-t-il - ne soient réimposés à un taux avoisinant les 39,6% dont ils devaient s’acquitter sous Bill Clinton, son allié et prédécesseur de Georges Bush.

D’accord pour réduire les dépenses, même sociales, et économiser sur tout, dit Barack Obama, mais à une condition, sine qua non, qui est que « les 2% » – on ne dit plus que les « 2% » tant les termes du débat sont connus – contribuent désormais davantage au redressement national. Ce thème ayant dominé la campagne présidentielle, le président réélu peut dire, et le fait, qu’il a reçu pour cela un mandat populaire mais la Chambre des représentants étant toujours contrôlée par les Républicains, c’est l’impasse – un blocage d’autant plus spectaculaire que, si un compromis n’est pas trouvé d’ici le 2 janvier, des hausses d’impôt pour tous et une brutale réduction des dépenses seront automatiquement introduites – c’est la loi – et pèseront sur la croissance.

Serrée, risquée, cette bataille est sans merci car elle oppose des libéraux qui ne veulent rien abandonner de leurs dogmes et des démocrates qui défendent, eux, un retour au principe de la progressivité de l’impôt, instrument de redistribution des richesses et de justice sociale.

Depuis le krach de Wall Street et l’ébranlement de la domination des idées libérales, cette bataille est en fait internationale et, signe des temps, l’unité des républicains parait se fissurer car beaucoup d’entre eux ne veulent plus passer pour les avocats d’une cause unique et impopulaire : celle des 2%.

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