Aux Etats-Unis, il y a le discours du président sur l’état de l’Union. En Russie, il y a le discours sur l’état de la Fédération et celui qu’a prononcé hier Vladimir Poutine devant l’ensemble des parlementaires et dignitaires de son pays, notamment religieux, était doublement révélateur.

Le président russe y a d’abord renoué comme jamais avec cette vision, récurrente dans l’histoire de la Russie, d’un pays encerclé d’ennemis, d’une forteresse assiégée qui ne pourrait compter que sur elle-même et son autosuffisance. Pour Vladimir Poutine, il ne fait ainsi aucun doute que les Occidentaux ont toujours voulu endiguer la Russie et que les sanctions économiques qu’ils ont prises contre elle depuis un an l’auraient de toute façon été, même sans crise ukrainienne, pour freiner ce qu’il appelle le « développement de ses atouts ».

Ajouté aux justifications historiques et même religieuses de l’annexion de la Crimée (une terre aussi importante pour les Russes, n’a-t-il pas craint d’expliquer, que le Mont du Temple pour les juifs ou les musulmans) ce qu’a dit là Vladimir Poutine à ses compatriotes est que ce ne serait pas sa politique ukrainienne qui serait responsable de la baisse de leur niveau de vie mais une permanente agressivité des Occidentaux que l’histoire n’aurait jamais démentie.

Il s’est en quelque sorte préventivement dédouané des critiques qui pourraient lui être bientôt faites en mettant les sanctions occidentales sur le dos de ce qui serait une fatalité historique que la Russie devrait endurer parce qu’elle est trop grande pour ne pas devoir faire face à une incontournable hostilité.

Avec un rouble qui ne cesse de s’effondrer et qui a encore reculé après ce discours, une inflation galopante, une fuite hémorragique des cerveaux et des capitaux et la baisse, maintenant, des cours du pétrole et du gaz, les deux principales ressources du pays, tout se passe comme si Vladimir Poutine avait voulu substituer un élan patriotique à la promesse de bien-être sur laquelle il avait fondé et fait accepter son autoritarisme.

C’est, en un mot, le discours d’un homme voyant monter les difficultés intérieures qu’il a prononcé hier et cette dimension est d’autant plus frappante qu’il a parallèlement lancé un clair appel à l’aide à l’argent russe. A cet argent qui fuit, qui a peur et même panique et qui avait, dès le début, réprouvé cette aventure ukrainienne, il a tout promis à la fois.

Les liens avec l'économie occidentale ne seront pas rompus, les contrôles sur les entreprises seront relâchés, des franchises fiscales seront accordées à celles qui se créent et aucune question, surtout, ne sera posée sur l’origine des capitaux qui seraient rapatriés, a-t-il dit pour se ménager le soutien de possédants qui sont l’un de ses trois appuis avec l’Eglise et les forces de sécurité. Ce discours était, oui, celui d’un homme inquiet car affaibli.

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