L’Autriche, ça va. C’est un soulagement.

L’Autriche a finalement refusé de se donner pour président un jeune homme tout charmant, tout sourire mais candidat d’un parti fondé par d’anciens nazis et soutenu par Mme Le Pen qui déplorait hier soir son échec.

En ayant fait front derrière un écologiste de 71 ans, Alexander Van der Bellen, professeur d’économie et fondamentalement centriste qui a remporté l’élection avec quelques 53 % des voix, l’Autriche vient de dire que les votes de colère, de désarroi et de rejet de tout n’étaient pas devenus inéluctables dans tout l’Occident mais l’Italie, en revanche…

Ce n’est pas que les Italiens aient voté, hier, pour l’extrême droite.

Ce n’est absolument pas le cas, ni de près ni de loin. Les Italiens ont dit « non » à un projet de réforme constitutionnelle qui leur était soumis par référendum et suscitait des critiques argumentées dans l’ensemble des forces politiques mais le problème est que ce « non » plonge l’Italie dans une crise inquiétante.

C’était un « non » massif à Matteo Renzi, le jeune président du Conseil qui a aussitôt annoncé sa démission. C’était beaucoup moins un « non » à la suppression du bicaméralisme intégral qui aurait pourtant apporté à la vie politique italienne une stabilité dont elle manque cruellement qu’un « non » à des réformes économiques qui ont fait baisser le chômage mais réduit la sécurité de l’emploi en facilitant les licenciements.

C’était, autrement dit, un « non » à la politique d’une majorité maintenant désavouée et à laquelle il n’y a pas d’alternative évidente au Parlement. Peut-être l’Italie en trouvera-t-elle une au prix de ces interminables négociations de travées auxquelles elle est rompue mais elle serait alors incertaine et fragile.

L’Italie est entrée hier en terres inconnues et, anticipées ou pas, ses prochaines législatives risquent fort de mettre à mal ce qui reste de ses grands partis et de propulser sur le devant de scène la Ligue du Nord et le Mouvement 5 Etoiles. La Ligue, c’est une extrême droite nationaliste qui fait ses choux gras de l’arrivée des naufragés du Proche-Orient. Les 5 Etoiles, c’est une invention d’un humoriste recyclé dans la politique, Beppe Grillo, d’un bateleur trapu, vieillissant et vindicatif qui a su vendre à l’Italie l’idée que tout était détestable et pourri, sauf lui.

L’Autriche est là pour dire que rien n’est jamais joué d’avance mais, aujourd’hui, la Ligue et Beppe Grillo sont en phase ascendante.

Confortée en Autriche, l’Union européenne est fragilisée en Italie.

Elle l’est parce que l’Italie est la troisième économie de la zone euro, que les banques italiennes sont plombées par un amas de créances douteuses et qu’une crise politique à Rome n’est pas de nature à rassurer les investisseurs, ces marchés qui ont, par nature, tendance à bien vite s’affoler.

La Grande-Bretagne ne sait pas comment sortir de l’Union mais en sort. L’Allemagne va bientôt entrer en campagne électorale. La France y est en plein. L’Union n’avait vraiment pas besoin, en plus, d’une incertitude romaine.

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