La victoire d'Emmanuel Macron sur Marine Le Pen puis ses propositions en avaient fait le « sauveur » de l’Europe : le Président français a été considérablement affaibli par la crise des "gilets jaunes", y compris sur la scène européenne.

Emmanuel Macron à un Sommet européen le 29 juin dernier à Bruxelles.
Emmanuel Macron à un Sommet européen le 29 juin dernier à Bruxelles. © AFP / Ben STANSALL / AFP

C’est une petite phrase assassine comme les aime Matteo Salvini, le Ministre de l’Intérieur Italien et leader de la Ligue, le parti d’extrême droite au pouvoir à Rome : « Macron n’est plus un problème pour moi, a-t-il dit, c’est le problème des Français ».

Si certains se réjouissent de la crise politique ouverte en France par la révolte des gilets jaunes, c’est bien parmi les partis populistes et d’extrême droite en Europe qu’on les trouve. 

Depuis quelques mois, Emmanuel Macron, Matteo Salvini et le premier ministre hongrois Viktor Orban ont choisi de personnaliser leur combat politique, théorisé par le Président français comme celui des « progressistes » contre les « nationalistes ».

Ca devait être la tête d’affiche des élections européennes de mai prochain, même si d’autres forces politiques ne se reconnaissaient pas nécessairement dans cet affrontement par trop binaire.

Le combat s’est fracassé sur les barrages des gilets jaunes.

Le Président français était, jusqu’à récemment encore, le héros et même le sauveur du camp pro-européen ; il est aujourd’hui considérablement affaibli, tout comme le programme qu’il porte sur le continent.

Son élection l’an dernier face à Marine Le Pen en avait fait le rempart libéral face à la montée des populismes après le Brexit et l’élection de Donald Trump. Ses propositions pour la relance de l’Europe avaient trouvé un large écho parmi ceux qui ne se résignaient pas de voir 70 ans de construction européenne se déliter crise après crise.

Cet agenda n’a pas pu se réaliser, tant en raison des difficultés intérieures de la Chancelière allemande Angela Merkel, mais aussi d’une absence de consensus pour avancer. 

Emmanuel Macron lui-même avait conditionné l’influence française en Europe à la réussite de son programme de réformes en France. Les images des violences parisiennes et le recul du gouvernement hier ont sapé sa crédibilité. Et au-delà du sort du Président, c’est l’image et l’influence de la France en Europe et dans le monde qui en pâtissent et mettront du temps à s'en remettre.

La crise française rend en tous cas plus difficiles encore les rares avancées européennes encore possibles d’ici aux élections au Parlement de Strasbourg.

Elle modifie également considérablement les termes de la campagne des européennes. S’il est difficile à ce stade de se projeter à six mois, il est peu probable que la posture offensive du progressisme revendiqué par Emmanuel Macron survive à cette crise.

En revanche, le soulèvement des gilets jaunes en France, tout comme les poussées populistes enregistrées ailleurs, posent clairement la question de la nature de l’Europe que veulent, ou ne veulent pas, les citoyens européens. Et surtout, il faudra leur apporter la preuve que l’Europe sert bien leurs intérêts et pas seulement ceux d’une élite urbaine.

L’échec politique est d’avoir vu monter, ces dernières années, le sentiment d’exaspération, sans avoir pu empêcher l’explosion actuelle - en France comme en Europe.

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