L’Irak est au Proche-Orient. Le Proche-Orient, c’est le pétrole. L’Irak en possède d’immenses réserves mais la conclusion qui paraît s’imposer n’en est pas moins fausse. Ce n’est pas pour mettre la main sur le pétrole irakien que les Etats-Unis veulent tant aller renverser Saddam Hussein. Leur objectif est tout autre. Il est infiniment plus ambitieux. Par cette guerre, les Etats-Unis voudraient remodeler le Proche-Orient, y faire souffler le vent de la liberté, ébranler les régimes autoritaires et corrompus qu’ils ont si longtemps soutenus par peur de l’URSS puis de l’Iran. Ils le veulent car, les années passant, les attentats du 11 septembre accélérant cette prise de conscience, ils ont finalement compris qu’à s’appuyer sur ces régimes, ils n’avaient fait que concentrer sur eux tout le ressentiment de peuples sans avenir, empêchés de prendre en mains leur destin, de s’exprimer, de profiter de la rente pétrolière, de bâtir leurs pays et de s’intégrer au monde. Les résultats sont là. Nulle part ailleurs que dans cette région, les Etats-Unis ne sont plus détestés et les mosquées étant devenues, comme les églises de la Pologne communiste, les seuls lieux d’opposition possible, l’intégrisme religieux et ses corollaires, le fanatisme, le rejet de l’Occident et le terrorisme islamiste, fleurissent dans le monde arabe. Pour les Etats-Unis, pour le monde entier mais d’abord pour cette Amérique qui apparaît comme le maître du Proche-Orient et du monde, c’est devenu le premier des dangers, un mal dont ils ne peuvent pas se contenter – ils le savent et le disent – de traiter les effets. Il leur faut aussi s’attaquer à ses causes, les dictatures et l’injustice sociale, mais comment le faire ? Déstabiliser l’Egypte et l’Arabie saoudite, l’Iran, la Syrie ? Ce serait trop, trop risqué, trop rapide. Alors quoi ? L’Irak bien sûr. Voilà un pays qui, depuis onze ans, se joue des résolutions de l’Onu lui enjoignant de désarmer, qui pourrait, un jour, faire plier la région et le monde grâce aux armes de destruction massive dont il voudrait tant se doter – bref un pays offrant tous les motifs à une intervention militaire et potentiellement si riche que les Etats-Unis n’auraient qu’à utiliser ses propres revenus pour le remettre sur pieds. Alors les Etats-Unis se voient déjà transformer l’Irak en vitrine occidentale, débuts de prospérité et de démocratie, en un Etat fédéral respectueux de ses minorités, en un pays bien plus enviable que ses voisins, condamnant par contagion les régimes proche-orientaux au changement et privant l’islamisme du terreau sur lequel il prospère. C’est là qu’est l’ambition des Etats-Unis. C’est pour cela qu’ils ne veulent pas désarmer Saddam Hussein mais le renverser. C’est la raison pour laquelle le débat sur les « preuves » n’est qu’un dialogue de sourds car autant Saddam Husein voudrait, pour sûr, toutes les armes de la terre, autant il ne les a pas - du moins, pas encore. Le vrai débat est tout autre. Il s’agit de savoir si le renversement de Saddam permettrait de réaliser, en dix ou quinze ans, le grand rêve américain où s’il ne mènerait qu’au chaos. L’Amérique est sûre d’elle. Peut-être a-t-elle raison. Ce n’est pas impossible mais tellement incertain que le monde, lui, ne veut pas servir de cobaye.

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