Il y a fallu du temps. Ca manque d’éclat, de symboles forts, de mesures propres à frapper les imaginations et faire voir la réalité de ce nouveau rapprochement franco-allemand mais, sur le fond, c’est bien, solide et prometteur, pour les deux pays comme pour l’Union européenne. C’est d’autant mieux que l’on revient de loin puisque, dans les premiers temps de son mandat, Nicolas Sarkozy n’avait d’yeux que pour la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, pour ce modèle anglo-saxon qu’il rêvait d’importer en France. En ce temps-là, le président de la République ne cachait pas qu’il se sentait plus à l’aise non seulement avec le libéralisme qu’avec le modèle européen mais avec les Britanniques qu’avec les Allemands. Angela Merkel, de son côté, n’appréciait pas la familiarité de Nicolas Sarkozy et n’aimait pas, surtout, cette manière qu’il avait de tout tirer à lui, d’agir d’abord et de consulter ensuite. Ce moment a, évidemment, pesé sur la concrétisation du tournant pris, au début de l’été, par le président français, lorsqu’il s’est résolu – complet tête-à-queue – à ressouder le couple franco-allemand pour le faire parler d’une seule voix, dans l’Union comme sur la scène internationale. La chancelière n’avait rien contre. Elle y était absolument favorable mais ne voulait ni d’emballements ni d’envolées lyriques. Elle voulait du sérieux, du concret, du vissé, pas de ce ministre commun aux deux gouvernements que proposait Paris, mais des projets dont il était sûr qu’ils puissent être menés à bien. Les 80 mesures qui ont été dévoilées, hier, à Paris, à l’issue du douzième conseil des ministres franco-allemand, sonnent, ainsi, plus Merkel que Sarkozy mais n’en sont pas moins le fruit d’une impulsion donnée par le président de la République. Depuis la crise de Wall Street, Nicolas Sarkozy a tourné sa page libérale et dérégulatrice. Il a vu les dangers économiques d’une totale liberté du marché. Il a compris le risque politique qu’il y aurait à ne pas rééquilibrer le partage des richesses. Il s’est fait avocat d’une régulation du capitalisme qu’il veut promouvoir sur les cinq continents et c’est pour cela qu’il a conçu cette « volonté, disait-il hier, de mettre l’Allemagne et la France au service de l’Europe et d’une nouvelle régulation dans le monde ». Si elles sont vraiment appliquées, ces 80 mesures ne vont pas seulement rapprocher la France et l’Allemagne. Elles portent en elles une dynamique – naturellement incertaine mais nouvelle – d’unité politique entre les deux pays qui se sont engagés, hier, à renforcer la coordination de leurs politiques économiques au sein de l’Union. Le fonctionnement et le visage de l’Union européenne pourraient en être modifiés. La direction prise est la bonne et l’on pourra très vite juger sur pièces puisque la chancelière et le président ont annoncé, pour bientôt, des propositions communes sur le gouvernement économique de l’Union, des initiatives sur le Proche-Orient et une réflexion commune sur la réforme du système monétaire international. Cela fera autant de tests, d’occasions de ne pas décevoir.

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