C’était un pari, lancé mercredi dernier, et il a porté ses fruits. Constatant que le pouvoir comme l’insurrection ne parvenaient plus à marquer de nouveaux points et que la population était à l’agonie, le chef de l’opposition syrienne, Moaz al Khatib, s’est soudain dit prêt à entamer des négociations avec des représentants du régime, sans plus exiger la démission préalable de Bachar al-Assad et à la seule condition que Damas libère d’abord les détenus politiques, quelques 160 000 personnes.

Cette offre a inquiété beaucoup des figures de l’insurrection qui craignaient que le pouvoir ne vît là un signe de faiblesse mais elle a été aussitôt saluée comme « un important pas en avant » par les deux et seuls grands alliés du régime, l’Iran et la Russie. En marge de la conférence sur la sécurité qui se tient chaque année à Munich, Moaz al Khatib s’est longuement entretenu, samedi, avec leurs ministres des Affaires étrangères. Ils sont convenus de se revoir et, comme l’espérait le chef de l’opposition, Bachar al-Assad se trouve maintenant en mauvaise position.

S’il refuse cette offre, il risque de distendre ses liens avec Moscou et de les compliquer avec Téhéran. S’il finit, au contraire, par l’accepter et que des pourparlers s’ouvrent, leur aboutissement devrait alors être la conclusion d’un accord entre l’opposition et les éléments les plus lucides du régime en place sur l’organisation d’une période de transition dans laquelle Bachar al-Assad n’aurait pas sa place.

L’objectif de Moaz al Khatib, opposant de longue date et religieux sunnite modéré, était de provoquer un débat et susciter la division au sein du régime de Damas comme entre ce régime et ses alliés, d’enfoncer un coin dans les rangs de l’adversaire. Pour ce qui est de la Russie, c’est en bonne voie et, depuis hier, le chef de la Coalition nationale, organisation regroupant tous les courants de l’insurrection, martèle sur toutes les télévisions arabes non seulement que le régime doit accepter sa proposition mais devrait aussi déléguer à ces éventuels pourparlers son vice-président, Farouk al-Chareh, un sunnite qui s’était déjà prononcé pour des négociations et paraît très bien vu à Téhéran.

Rien n’est bien sûr joué. Un échec de cette tentative reste plus probable que son succès mais les choses bougent. Quoi qu’il arrive, elles pourraient maintenant continuer à bouger, notamment à Moscou, et il est frappant que cette évolution soit intervenue au moment même où les Etats-Unis ont proposé à l’Iran, toujours à cette conférence de Munich, d’ouvrir des discussions bilatérales directes sur la question du nucléaire.

Tout se passe aujourd’hui comme si Barack Obama voulait essayer de parvenir à un grand compromis avec Téhéran qui préserverait les intérêts économiques, régionaux et donc syriens de l’Iran et pourrait aboutir au rétablissement de ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis en échange de l’abandon, définitif et vérifiable, de son programme nucléaire. Non seulement les Iraniens n’ont pas dit non mais ils se disent maintenant « optimistes » sur les nouvelles possibilités qu’ouvrirait à leurs yeux l’offre de la Maison-Blanche.

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