L’incident était passé largement inaperçu. La tension était et reste telle en Ukraine que c’est à peine si l’on a relevé qu’un petit groupe de manifestants s’étaient rassemblés, lundi, devant le siège de la Deutsche Bank à Kiev en agitant de faux billets de banque tâchés de rouge.

Aux cris d’« argent ensanglanté », ils les avaient disposés dans la neige de manière à former le nom de « Ianoukovitch », celui du président, mais ce n’était pas le chef de l’Etat, Viktor Ianoukovitch, qui était directement visé là mais son fils, Oleksandr, patron d’une banque ukrainienne avec laquelle les manifestants accusaient la Deutsche Bank d’être en étroites relations. Pour eux, pas de doute, la grande banque allemande contribuerait ainsi à laver de l’argent sale, fruit d’une corruption généralisée aux plus hauts niveaux de l’Etat et dont le fils du président serait un rouage essentiel.

Il n’y a jamais eu de preuves de cela et il n’y en toujours pas. Ces accusations ne sont pas juridiquement fondées et rien ne permet d’y prêter foi mais le fait est qu’Oleksandr Ianoukovitch ne parait pas dans la misère, que la corruption est générale en Ukraine et que beaucoup d’Ukrainiens croient et s’en indignent que le président et son fils n’y seraient pas étrangers.

Vrai ou faux, c’est l’un des éléments essentiels de la crise ukrainienne et il est d’autant plus notable que les familles présidentielles, fils, filles, cousins ou belles familles, sont ou ont été l’objet de mêmes accusations dans bien d’autres pays. Il s’est ainsi beaucoup dit qu’au moment où les commandes commençaient à lui échapper, Hosni Moubarak, l’ancien président égyptien renversé il y a trois ans, aurait accablé ses enfants de reproche en leur disant devant témoins que c’était leurs trafics d’influence qui le faisaient chuter dans l’opprobre générale. En Tunisie, la famille de Zine el-Abidine Ben Ali, le premier des dictateurs renversé par les printemps arabes, était connue pour prélever son pourcentage sur toute affaire importante et cela explique que la bourgeoisie tunisienne l’ait si vite lâché au profit des manifestants qui lui criaient de dégager.

Le phénomène est le même en Syrie où les parents de Bachar al-Assad avaient mis le pays en coupe réglée en profitant de la libéralisation de l’économie introduite au début des années 90. Gagnant à l’époque le monde entier après être partie de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, cette vague de privatisations et de déréglementation avait également suscité, en Russie, une immense colère contre ce qu’on y appelait « la famille », celle Boris Eltsine qui n’avait quitté le pouvoir qu’après avoir reçu l’assurance que ni lui ni sa fille ne seraient l’objet de poursuites pour les dîmes qu’ils auraient perçues.

Et puis il y a, bien sûr, la Chine. Des documents bancaires piratés et publiés par de grands journaux occidentaux y laisse voir d’immenses fortunes accumulées par de très hauts dirigeants grâce à l’entremise de leurs enfants que de grandes banques occidentales ont engagés, peut-être pour leurs talents mais certainement pour leur nom et leur carnet d’adresses. Le problème n’est pas qu’ukrainien. Endémique partout où le passage à l’économie de marché a été récent et soudain, ce problème est aussi explosif qu’international.

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