Alors que le pouvoir chinois mobilise toutes les énergies pour contenir le coronavirus qui continue de progresser, des voix s’élèvent pour réclamer toute la "transparence", après le dysfonctionnement initial.

Un médecin de Wuhan, l’épicentre de l’épidémie de coronavirus, est désinfecté par un collègue avant d’aller à la rencontre d’habitants dans une zone de quarantaine, lundi 3 février 2020.
Un médecin de Wuhan, l’épicentre de l’épidémie de coronavirus, est désinfecté par un collègue avant d’aller à la rencontre d’habitants dans une zone de quarantaine, lundi 3 février 2020. © AFP / STR / AFP

Le pouvoir chinois emploie des moyens exceptionnels pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, dont l’impact dépasse déjà de loin celui du SRAS en 2003. Mais parallèlement, un débat feutré est lancé en Chine sur les leçons à tirer de cette immense catastrophe.

La direction du Parti communiste chinois s’est réunie lundi et a qualifié cette épidémie de « test majeur de la capacité et de la gouvernance » du pays ; le Bureau politique a appelé à corriger les « défauts dans les réponses » à la crise sanitaire et à « améliorer » le système d’urgence.

C’est sans doute le plus loin que puisse aller Pékin dans la reconnaissance de ce qui apparait clairement, surtout aux habitants de Wuhan, comme un dysfonctionnement majeur qui a permis à l’épidémie de prendre cette ampleur.

Mais de nombreuses voix, en Chine vont plus loin, et réclament de la « transparence », un concept étranger à la culture politique du Parti, mais pourtant nécessaire dans une crise de ce type.

Dans les quelques espaces de débat possibles, des citoyens apportent leur soutien aux sept « lanceurs d’alerte », dont un médecin aujourd’hui contaminé, qui avaient informé dès décembre sur les cas du mystérieux virus à Wuhan. Ils ont été réduits au silence, là où ils auraient permis d’éviter le désastre.

Hier, le magazine chinois « Caixin », une publication très respectée, a publié un éditorial soulignant l’importance de « l’ouverture et la transparence ». « Les informations devraient être véridiques, complètes et rapides, sans omissions volontaires, sans silences sur certains sujets », écrit le magazine. Il ajoute que « la qualité des informations diffusées reflète le respect que les dirigeants accordent au droit de savoir des citoyens ».

Ce type de discours est d’ordinaire banni, ça montre que le malaise créé par l’épidémie ouvre un champ du possible, sans doute limité, à ceux que le durcissement du pouvoir avait réduits au silence.

Il est trop tôt pour savoir quelles leçons Xi Jinping, étonnamment discret dans cette crise, tirera de cette épreuve loin d’être terminée.

Le pouvoir aura en tous cas perçu la demande pour un État « efficace » et pas seulement « loyal ». Car l’un des problèmes révélés par l’épidémie est la faiblesse de l’État et de la société par rapport à la toute-puissance du Parti : le premier réflexe d’un dirigeant local est de protéger sa carrière et le Parti, pas de résoudre les problèmes.

La Chine peut faire étalage de ses prouesses technologiques, un hôpital monté en quelques jours, ou des drones qui surveillent la température des gens chez eux… ; mais dans le même temps avoir un système de santé loin d’avoir suivi le rythme de la croissance, et des règles sanitaires inadaptées.

La demande de transparence qui s’exprime s’oppose à la doctrine de Xi Jinping : elle rappelle trop la « glasnost » de Gorbatchev en Union soviétique, un gros mot dans le langage politique chinois. De nombreux Chinois espèrent néanmoins, sans trop y croire, que le pouvoir entendra leur message.

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