L’écrivain et activiste de la société civile Lokman Slim a été retrouvé assassiné dans le sud du Liban, un meurtre qui choque et inquiète les Libanais. Le meurtre de ce chiite, opposé au Hezbollah, fait redouter une crise politique plus aigüe encore.

L’écrivain et activiste de la société civile Lokman Slim, retrouvé assassiné dans le sud du Liban jeudi 4 février 2020.
L’écrivain et activiste de la société civile Lokman Slim, retrouvé assassiné dans le sud du Liban jeudi 4 février 2020. © AFP / HO / AFP / LOKMAN SLIM'S OFFICE

La journée d’hier, au Liban, devait être marquée par les six mois depuis l’explosion du port de Beyrouth : recueillement et colère. Mais c’est un autre drame qui a choqué les Libanais, avec la découverte hier matin du corps d’un célèbre intellectuel, Lokman Slim, plusieurs balles dans la tête, dans sa voiture dans le sud du Liban.

Cet assassinat ciblé rappelle de très mauvais souvenirs à Beyrouth, une vague d’attentats dans les années 2000, contre l’ancien premier ministre Rafik Hariri ou le journaliste Samir Kassir. La mort de Lokman Slim, dans le contexte de crise politique, économique, morale que traverse le Liban, ne présage rien de bon.

La personnalité de Lokman Slim explique en partie l’émotion. Écrivain et éditeur de 59 ans, ancien étudiant en philosophie à Paris, cet acteur de la société civile prônait la laïcité et la dé-confessionalisation de la politique au Liban. Mais surtout, il était chiite, vivant dans un quartier réputé pour être un fief du Hezbollah pro-iranien, dont il était pourtant un des plus vifs critiques. C’est cette dimension de sa personnalité hors du commun qui était la plus commentée hier à Beyrouth.

Intellectuel, il pouvait déranger par ses prises de position, mais il ne constituait une menace pour personne ; certainement pas le Hezbollah tout puissant avec son armée et ses milices.

Alors pourquoi a-t-on assassiné Lokman Slim ? Quel est le message ? Les regards se tournent évidemment vers le Hezbollah, qui contrôle étroitement la zone du Liban-Sud où l’écrivain a été tué ; et qui s’en est pris par le passé à celui qu’il surnommait le « chiite des ambassades », en raison de sa fréquentation des diplomates étrangers.

Mais quel serait l’intérêt du Hezbollah de commettre un meurtre dans un contexte où il reste maître du jeu politique libanais ? Et, de surcroit, à un moment de renouveau diplomatique avec le changement à Washington ? Il n’y a pas encore de bonne réponse à ces questions.

Les Libanais s’interrogeaient hier sur l’impact de ce geste inexpliqué. Ils se demandent en particulier si c’est un enjeu local, le Hezbollah voulant réduire au silence toute critique au sein de la communauté chiite ; ou international, lié cette fois aux tractations autour de l’Iran et du nucléaire.

Le contexte est troublant. La semaine dernière, l’Élysée invitait l’administration Biden à se montrer « réaliste » et à ne pas exclure le Hezbollah du processus politique libanais si on voulait avancer. Hier, les chefs de la diplomatie française et américaine publiaient ainsi un communiqué commun appelant à la formation d’un gouvernement libanais « crédible et efficace ». 

Rien de tel qu’un assassinat politique pour saboter ces efforts, replonger le pays dans la crise politique, et réveiller des haines mal éteintes. 

Dans leur dernier texte au quotidien francophone de Beyrouth, « L’Orient-le-Jour », Lokman Slim, et sa femme allemande Monika Borgman, commentaient les péripéties politiques libanaises, et concluaient sur cette question : « Et maintenant, on va où ? ». Les tueurs du Sud Liban leur ont apporté la réponse.

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