L’année s’ouvre sur une détente, sur une désescalade dans l’une des régions les plus chaudes du monde. Il y a moins de deux ans, au printemps 2002, l’Inde et le Pakistan étaient au bord de la guerre. Armes nucléaires des deux côtés, ces deux pays semblaient courir à un quatrième affrontement sur le Cachemire, la région himalayenne qu’ils se disputent depuis que les Britanniques leur ont donné l’indépendance en partageant, en 1947, leur ancien empire des Indes. Attentats et essais de missiles, la tension n’avait cessé de monter durant un an mais aujourd’hui, après neuf mois de petits pas, le Président pakistanais et le Premier ministre indien rouvrent le dialogue, à Islamabad, en marge d’un sommet de la Saarc, l’Association de l’Asie du sud pour la coopération régionale. Des deux côtés, on parle d’une « percée » et ce pourrait être le cas, peut-être, car pour les deux pays, la donne a changé. Jusqu’au renversement du régime taliban par les Etats-Unis, à l’automne 2001, le Pakistan caressait un rêve. En jouant la carte islamiste, il voulait consolider son influence en Afghanistan et attirer dans son orbite, plus au nord encore, les Etats musulmans issus de l’URRS afin de devenir le cœur d’un ensemble islamique pouvant faire le poids avec l’Inde. C’est dans cette ambition que les services secrets pakistanais avaient organisé les milices talibanes, qu’ils les avaient armées et les avaient portées au pouvoir mais lorsque les Américains décidèrent d’intervenir à Kaboul pour venger les attentats du 9 septembre, le Pakistan eut un choix à faire. Soit son Président, Pervez Musharraf, s’opposait à cette intervention, refusait seulement de la faciliter, et il s’exposait alors au danger d’un retournement d’alliance des Etats-Unis en faveur de l’Inde, soit il abandonnait le rêve afghan, mettait au pas ses islamistes et ses services secrets, et consolidait, au contraire, ses liens avec Washington. Après des semaines d’hésitation, Pervez Musharraf avait opté pour les Etats-Unis mais ce choix était si risqué pour lui qu’il avait délibérément fait aussitôt monter la tension avec l’Inde pour faire l’unité derrière sa présidence. Pendant un an, il a dansé sur un volcan et toute la région avec lui. Le jeu était formidablement dangereux mais jeudi dernier, après avoir échappé à deux tentatives d’attentats en un mois, Pervez Musharaff a consolidé son pouvoir en faisant prolonger son mandat jusqu’en 2007. Il est en position de tirer les conclusions du choix fait en 2001, de chercher, autrement dit, une vraie stabilisation avec l’Inde afin de jouer la carte d’un développement économique régional. L’Inde, de son côté, a tout à gagner à cette désescalade. Elle pourrait lui permettre d’améliorer encore les relations avec les Etats-Unis, d’écarter la pression terroriste entretenue par les services pakistanais et d’ouvrir à ses frontières, un marché de plus de cent millions de personnes. Reste à trouver une solution pour le Cachemire. On n’y est pas. Reste à savoir n’aller ni trop vite ni trop lentement. Ce n’est pas gagné mais les choses bougent vraiment

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