Le message est parfaitement clair. Jour après jour, les collaborateurs de Georges Bush martèlent qu’il est déterminé à ce que les élections irakiennes se tiennent bien le 30 janvier prochain. Violences quotidiennes ou pas, il ne veut pas entendre parler d’un report car cette élection d’une Assemblée constituante doit ouvrir la voie, sous un an, à la mise en place d’un gouvernement élu, qu’elle est, en ce sens, la porte de sortie des Etats-Unis et que, si elle était remise, les violences ne feraient que redoubler puisque les organisateurs des attentats et assassinats seraient fondés à voir là une première victoire. Georges Bush n’a pas tort. A maintenant reculer, il ne ferait qu’aggraver ses difficultés. Plus immédiatement, il serait alors bien en peine d’expliquer à la fin du mois, dans son discours d’investiture, que la démocratie progresse en Irak. Il fera donc tout pour s’en tenir à la date prévue mais le drame, pour lui, pour les Irakiens et pour la stabilité internationale, est que ces élections ne feront aussi, tel que c’est parti, que décupler les difficultés. Les Sunnites ne veulent pas y participer. Ils boycotteront massivement ce scrutin car ils étaient les maîtres du pays sous Saddam, qu’ils sont les plus hostiles à la présence américaine et les plus impliqués dans la violence et qu’ils ne constituent qu’un cinquième de la population. Ils ne veulent pas de ces élections car ils en seraient les grands perdants et que les vainqueurs en seraient immanquablement les chiites qui ont constitué une liste commune patronnée par leurs responsables religieux et qui représentent, eux, 60% des Irakiens. C’est le nœud du problème. Non seulement ce scrutin déboucherait sur la mise en place d’un pouvoir chiite libre de façonner à sa guise la future Constitution mais, par l’effet du boycottage sunnite, ce pouvoir paraîtra créé par les Etats-Unis et mettra face-à-face les deux courants antagonistes de l’Islam. Ce n’est pas ainsi que l’Irak se stabilisera. Si régulières fussent-elles, ces élections pourraient, bien au contraire, précipiter une guerre civile dans laquelle les antagonismes religieux ne feraient qu’attiser les ressentiments historiques et vice-versa. Elections ou pas, les Etats-Unis sont d’autant moins prêts de pouvoir sortir d’Irak la tête haute que les dirigeants irakiens souhaitent maintenant un report du vote et que toute la région, elle aussi divisée entre sunnites et chiites, observe anxieusement l’évolution de la situation. Majoritairement sunnites, les monarchies du Golfe n’ont aucune envie de voir s’installer un pouvoir chiite à Bagdad car les revendications de leurs propres minorités chiites pourraient en être encouragées et que l’équilibre régional entre les deux branches de l’Islam en serait modifié, au profit du chiisme et, en premier lieu, de l’Iran lui-même chiite. Tout comme leur report démultiplierait l’anarchie irakienne, ces élections risquent d’ouvrir une boîte de Pandore proche-orientale. On comprend, dans ces conditions, que les Etats-Unis aient finalement décidé de voler si massivement à l’aide de l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, après s’être résolus à favoriser une reprise du processus de paix israélo-palestinien. L’Amérique a sérieusement besoin d’améliorer son image dans le monde musulman.

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