Ban Ki-moon n’a guère le temps de souffler. Confronté dès son entrée en fonctions, lundi, à l’exécution de Saddam Hussein, courant déjà du Soudan au Proche-Orient et de la Somalie à la redistribution des postes à New York, le nouveau Secrétaire général de l’Onu a reçu hier une lettre qui va lui poser bien des problèmes. Elle lui était adressée par le Premier ministre serbe et concernait, bien sûr, le Kosovo, dernier théâtre des guerres d’éclatement de l’ancienne Yougoslavie. Province de la Serbie mais peuplée à 90% d’Albanais, le Kosovo est administré par l’Onu depuis que les bombardements de l’Otan en avaient chassé l’armée serbe en 1999. Au regard de la loi internationale, le Kosovo est serbe mais sa population albanaise ne veut aucun cas le rester. Elle veut son indépendance. Elle veut créer son propre Etat et les puissances occidentales se sont résignées, sans le dire, à appuyer cette revendication car elles ne veulent ni avoir à réprimer des troubles ni apparaître complices d’une sécession de fait et qu’elles reprochent, de surcroît à la Serbie, de ne pas déférer ses criminels de guerre au Tribunal de La Haye. Dans les capitales occidentales, l’indépendance est en marche mais ruinée, isolée, pestiférée, la Serbie refuse de se laisser faire alors que son accord est tout de même nécessaire et c’est ce que son Premier ministre vient de confirmer à Ban Ki-moon avec une argumentation juridique difficilement contestable. « La Serbie, lui a-t-il écrit, respecte sans réserve les documents de base de l’Onu, particulièrement sa Charte qui garantit à ses Etats membres l’inviolabilité de leurs frontières (…) Il doit donc être établi, poursuit le Premier ministre, qu’il est, sans le moindre doute, inacceptable et impossible de modifier, contre son gré, les frontières de la Serbie et de créer un nouvel Etat albanais sur 15% de son territoire ». A cela, Ban Ki-moon ne peut rien répondre. Il peut d’autant moins invoquer, contre sa proche Charte, des nécessités politiques par définition subjectives que Belgrade est prête à accorder une pleine autonomie au Kosovo et qu’une indépendance sans assentiment de la Serbie, au nom de la seule loi de la majorité, constituerait un redoutable précédant. Des Basques espagnols aux Kurdes irakiens ou turcs, des Corses aux russophones des pays baltes, des Albanais de Macédoine aux Hongrois de Roumanie, bien des minorités nationales pourraient alors faire valoir qu’elles aussi sont majoritaires dans leur région. Non seulement ce serait ouvrir la boîte de Pandore mais, plus inquiétant encore, la Russie n’attend que cela pour affaiblir et mettre au pas des anciennes républiques soviétiques comme la Géorgie en soutenant les aspirations indépendantistes de leurs minorités. Entre principes et situation de fait, entre deux dangers aussi, le Kosovo sera l’un des grands casse-tête de 2007.

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