Imaginons le pire. Au lieu d’échouer, la tentative d’attentat du 25 décembre contre le vol Amsterdam Detroit de la Nothwest Airlines réussit, tuant l’équipage et tous les passagers. Imaginons que, dans la foulée, l’homme qui avait voulu assassiner, le 1ier janvier, le dessinateur danois auteur de caricatures de Mahomet soit parvenu à ses fins. Le monde serait aujourd’hui sous le choc. Aux Etats-Unis, Barack Obama serait lui sous le feu des critiques, accusé d’avoir favorisé le terrorisme en interdisant la torture et voulant fermer Guantanamo. Ce fossé qu’al Qaëda voudrait creuser entre l’Occident et l’islam s’élargirait encore mais, même si ces tentatives n’avaient pas été déjouées, le fait est que le djihad, cette guerre sainte que les plus illuminés des islamistes voulaient lancer contre l’Amérique et l’Europe, marque aujourd’hui le pas. Cela ne signifie pas que de nouveaux attentats, réussis ceux-là, soient à exclure. Il peut s’en produire à toute heure mais le grand rêve d’Oussama ben Laden n’est pas devenu réalité. En faisant détruire les tours jumelles de Wall Street, en frappant les Etats-Unis en plein cœur de New York, il avait espéré frapper l’imagination de la jeunesse musulmane, la mobiliser contre les gouvernements arabes en place, détruire ces régimes qu’il dénonce comme impies, reconstituer l’unité de l’islam et ébranler ainsi le monde occidental – les judéo-croisés, dit-il. Oussama ben Laden rêvait de défaire l’Amérique comme le communisme aurait été abattu, croit-il, par la résistance islamiste à l’invasion soviétique de l’Afghanistan mais rien de tout cela ne s’est produit ni ne se dessine. Oussama ben Laden est parvenu à rendre les Américains assez fous pour qu’ils se lancent dans la guerre d’Irak. L’Amérique continue de le payer jusqu'aujourd'hui mais le succès des djihadistes s’arrête là. Ils ont perdu leur bunker afghan. Les sunnites irakiens se sont détachés d’eux. Ils sont marginalisés en Irak même s’ils peuvent encore y frapper. Ils n’ont ébranlé aucun des régimes arabes. Aucune armée de l’islam ne s’est formée derrière eux car, à force de tuer tellement plus de musulmans que d’Occidentaux, ils ont révulsé jusqu’à la mouvance islamiste et ne peuvent toujours compter que sur des individus, jeunes diplômés musulmans assez confus pour croire encore que c’est le djihad qui pourrait rendre sa splendeur passée à l’islam. Stratégiquement parlant, al Qaëda a perdu mais il reste un point du monde où elle est toujours menaçante. Ce n’est ni le Yémen ni la Somalie même si elle tente de se reconstituer dans ces Etats en faillite. C’est le Pakistan, bien sûr, puissance nucléaire dont l’armée et les services secrets protègent en sous-main les islamistes pour les utiliser contre l’Inde et servir son influence en Afghanistan. Née aux confins pakistano-afghans, al Qaëda a repris du poids au Pakistan où elle espère porter au pouvoir les partis islamistes pour y prospérer à leur ombre. Si elle y parvenait, elle deviendrait alors formidablement dangereuse mais ce n’est pas encore fait.

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