Le malaise grandit. Face à la dérive autoritaire que connaît aujourd’hui la Hongrie, l’un des 27 Etats membres de l’Union, la Commission de Bruxelles a fini par annoncer, hier, qu’elle se prononcerait prochainement sur la conformité aux traités européens des nouvelles lois de ce pays. Amorce d’une éventuelle procédure de sanctions, cette annonce fait suite à de nombreuses déclarations, démarches et lettres de protestation au gouvernement hongrois de la France, des Etats-Unis, du président de la Commission et des députés verts, libéraux et socialistes du Parlement de Strasbourg.

Le malaise grandit mais il est d’autant plus grand que l’Union ne peut sanctionner l’un de ses Etats pour violation « grave et persistante » des valeurs démocratiques communes qu’au terme de procédures longues et complexes. Bien qu’il ait supprimé le mot de « République » de la Constitution de son pays, très sérieusement réduit la liberté de la presse, donné le droit de vote aux minorités hongroises des pays limitrophes, et ainsi réveillé des tensions régionales, bien qu’il ait allongé à 12 ans la durée du mandat des hauts fonctionnaires amis qu’il place dans tous les rouages de l’Etat et manipulé à son profit la loi électorale, Viktor Orban, Premier ministre de ce pays qui n’est plus une république, n’a pas grand-chose à craindre de Bruxelles avant longtemps.

Ce n’est pas l’Union européenne qui peut lui causer des problèmes. C’est la chute de sa monnaie nationale, le forint, l’extrême difficulté qu’il aura à convaincre le FMI et les autres pays européens de l’aider à rétablir ses finances et l’unité à laquelle sont enfin parvenues les forces d’opposition, descendues en nombre, lundi, dans les rues de Budapest. La bataille qui s’engage ne sera pas institutionnelle. Elle sera politique mais c’est là qu’est le problème car le virage pris par la Hongrie ne tient pas qu’à son Premier ministre.

Viktor Orban a choisi de faire carrière à droite et toujours plus à droite car c’est là qu’il y avait une place à prendre après que ses anciens camarades de la dissidence se furent positionnés à gauche ou au centre mais ce ne pas lui qui a inventé la résurgence de l’extrême-droite d’avant guerre. Elle était là, silencieuse, latente, bâillonnée par le communisme, mais ne demandant qu’à ressortir de sa boite car une grande partie des Hongrois n’ont toujours pas admis que leur pays, qui fut une puissance européenne il y a longtemps, ait été privé des deux tiers de son territoire et de plus de la moitié de sa population au lendemain de la Première guerre mondiale.

Toujours très vivement ressentie, cette amputation entretient, depuis près d’un siècle, un nationalisme virulent qui a été profondément avivé par les privatisations de l’après communisme car elles ont permis à de grandes entreprises étrangères d’acheter à bon prix les joyaux de l’industrie nationale. Dans un mélange détonnant d’anticapitalisme, de nationalisme et d’anticommunisme – les trois ingrédients qui avaient fait le succès du national-socialisme allemand – il s’est ainsi reformé une extrême-droite hongroise dont Viktor Orban n’est pas la pire incarnation. Le problème n’est pas un homme. C’est l’histoire, proche et lointaine, et les inquiétantes et haineuses passions qu’elle suscite.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.