Il n’y a pas une mais quatre explications à cette nouvelle crise proche-orientale. Si l’Iran et l’Arabie saoudite en sont aux invectives et à la suspension de toutes leurs relations, c’est d’abord que leur antagonisme remonte au VII° siècle, lorsque les Arabes devenus musulmans avaient conquis, détruit et converti de force l’ancienne Perse, l’Iran d’aujourd’hui.

C'est pour préserver leur identité au sein d’un monde islamique essentiellement arabe que les Iraniens avaient bientôt opté pour le chiisme, la branche minoritaire de l’islam dont leur pays est devenu le chef de file, face à l’Arabie saoudite qui est, elle, sunnite comme l’immense majorité des musulmans. Entre ces deux puissances, une très vielle rivalité régionale s’est ainsi doublée d’un conflit religieux avant de s’aviver avec la révolution iranienne de 1979.

Non seulement cette révolution avait abattu une monarchie et ne cachait pas son mépris pour les familles régnantes d’Arabie saoudite et du Golfe, non seulement ces dynasties s’étaient immédiatement senties menacées par la République islamique qui avait succédé au Chah, mais l’Iran avait alors opéré une percée en terres arabes en s’appuyant sur les minorités chiites, au pouvoir en Syrie ou tenues à l’écart des leviers de commande au Liban.

C’est la deuxième raison de cette crise que l’intervention américaine en Irak avait encore aggravée en retirant le contrôle de ce pays à sa minorité sunnite, en le donnant à sa majorité chiite et en offrant ainsi un nouvel allié à l’Iran chiite. Par féaux et coreligionnaires interposés, du Liban au Yémen en passant par l’Irak et la Syrie, l’Arabie saoudite et l’Iran n’ont dès lors pas cessé de se disputer la prédominance régionale et c’est dans ce contexte, troisième raison de cette crise, que les Etats-Unis se sont rapprochés de l’Iran à l’occasion du compromis sur le nucléaire auquel l’Arabie saoudite était encore plus opposée qu’Israël.

Les Saoudiens s’en sont sentis lâchés par Washington et contraints de prendre leur sécurité en mains. C’est pour cela que de plus jeunes princes, quinquagénaires et même trentenaires, s’affirment à Riad et la quatrième raison de ce regain de tension est que ces nouveaux dirigeants ont résolus de sauver leur dynastie en combattant à la fois les djihadistes sunnites et l’Iran.

C’est pour cela qu’en même temps qu’une quarantaine de partisans de Daesh et d’al Qaëda ils ont fait exécuter, samedi, quatre contestataires chiites dont une grande figure religieuse et, par là, mis le feu aux poudres avec l’Iran.

Aussi grave que soit la tension, on n’en est pourtant pas aux bruits de botte. Une guerre frontale n’est pas l’hypothèse la plus probable parce que ces deux pays sont affaiblis par la baisse des cours du pétrole, que l’Iran aspire à profiter de la levée des sanctions économiques pour se reconstruire et que, si l’Arabie saoudite dispose d’une supériorité en armements modernes, elle n’a pas de véritable armée. Ce n’est pas août 14 mais les espoirs de paix au Yémen et en Syrie sont très compromis et les flots de sang risquent fort d’encore grossir au Proche-Orient.

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