L'illusion d'un axe

C’est un axe dont l’émergence a fait dire beaucoup de sottises. A eux trois, fin décembre, la Russie, l’Iran et la Turquie ont imposé un cessez-le-feu en Syrie. Tant mieux. Personne ne pourrait s’en plaindre. A la demande de Moscou, le Conseil de sécurité des Nations Unies s’en est aussitôt félicité et il n’en a pas fallu plus pour qu’on entende décréter le triomphe de Vladimir Poutine, le naufrage des diplomaties occidentales et la configuration d’un nouvel ordre mondial.

C’était il y a quelques jours mais les combats ont repris en Syrie, comme lors de tous les précédents cessez-le-feu. Une dizaine des groupes d’insurgés menacent aujourd’hui d’annuler leur participation aux pourparlers de paix que la Russie et ses deux nouveaux alliés entendent organiser au Kazakhstan à la fin de ce mois. La Turquie elle-même s’inquiétait hier de la possibilité que ces négociations dont elle est co-marraine ne puissent plus s’ouvrir.

On n’en est pas là, pas déjà. Les choses peuvent encore se redresser et ces pourparlers être entamés car l’insurrection est à bout de souffle mais le problème est que cet axe n’en est pas un puisque les trois pays qui le composent n’ont pas les mêmes objectifs. La Russie voudrait trouver le compromis miracle qui lui permettrait de ne pas s’embourber en Syrie en y faisant taire les armes, pour quelques années au moins. La Turquie veut pouvoir briser les ambitions indépendantistes des Kurdes syriens afin qu’elles ne donnent pas d’idée à ses propres Kurdes.

C’est pour cela qu’elle s’est rapprochée de la Russie et qu’elle a mis en sourdine son exigence d’un retrait de Bachar al-Assad mais elle ne peut pas faire totalement front avec le régime syrien, contre des insurgés qui sont sunnites comme elle et que l’opinion turque soutient.

Quant à l’Iran chiite, c’est l’inverse. Il veut que rien ne bouge à Damas car le clan Assad est son allié dans la percée qu’il opère dans les terres arabes depuis plus de quarante ans et c’est la raison pour laquelle il soutient les offensives contre les place fortes des insurgés que l’armée syrienne a relancées, cessez-le-feu ou pas, afin de tenter de reconquérir la Syrie utile, tout l’ouest du pays.

Bachar al-Assad est sous protection iranienne alors que Turcs et Russes voudraient obtenir de lui des concessions sur le degré desquelles ils divergent eux-mêmes. Cet axe est plus que branlant et ce n’est pas tout car ces trois pays ont leurs propres faiblesses.

La Turquie est en pleine tourmente, totalement déstabilisée par des répressions de masse, la résurgence de la question kurde, la dégringolade de son économie et les attentats islamistes qui la meurtrissent toujours plus. L’Iran demeure divisé entre réformateurs et conservateurs et peine à attirer les capitaux étrangers dont elle aurait tant besoin. La Russie demeure, elle, une puissance pauvre dont les caisses sont vides et l’économie n’est guère plus forte que celle de l’Espagne.

Les rapports de force internationaux ne sont pas aussi modifiés qu’on l’entend.

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