Téhéran a annoncé avoir repris l’enrichissement d’uranium à 20%, en violation de l’accord nucléaire de 2015. Un message de défi à Donald Trump , et possiblement à Joe Biden pour éventuellement négocier en position de force.

Les portraits du général iranien Qassam Soleimani, assassiné il y a un an à Bagdad par un tir de missile américain, s’affichent dans les rues de Téhéran .
Les portraits du général iranien Qassam Soleimani, assassiné il y a un an à Bagdad par un tir de missile américain, s’affichent dans les rues de Téhéran . © AFP / Shota Mizuno / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun via AFP

Difficile de dire si nous avons à faire aux derniers soubresauts de l’ère Trump, ou aux premières manœuvres de celle de Biden. Le dossier nucléaire iranien est l’un de ceux qui différencient le plus les deux hommes en politique étrangère, et l’Iran manœuvre entre ces deux époques, après quatre années particulièrement agitées.

Hier, l’Iran a procédé à une escalade à un moment de forte tension : Téhéran a annoncé avoir repris l’enrichissement d’uranium à 20%, se mettant clairement en infraction par rapport à l’accord international de 2015. Celui-ci limite le taux d’enrichissement à 3,6%, qui ne permet pas de développer une arme nucléaire.

Il y a plusieurs symboles dans cette annonce, qui compliquent son interprétation. L’Iran avait annoncé son intention au lendemain de l’assassinat du savant nucléaire Mohsen Fakrizadeh. C’est donc la mise en œuvre d’une escalade annoncée, et qui intervient au lendemain du premier anniversaire d’un autre assassinat, celui du général Qassam Soleimani. A Téhéran, ces signes-là ont leur importance.

La première conséquence, immédiate, de cette décision, c’est que l’Iran s’expose à des mesures de sanctions prévues par l’Accord de 2015. 

Mais ce n’est sans doute pas le plus important. Il y a surtout un double message : l’un en direction de Donald Trump, afin de montrer que l’Iran ne se laisse pas intimider par ses menaces, alors que Washington a déployé des forces aéronavales dans le Golfe. Mais Téhéran ne fait rien qui puisse justifier une attaque américaine immédiate.

Le deuxième message est en direction de Joe Biden, et il est plus subtil. En procédant à une escalade, l’Iran pourrait se préparer à négocier : quel meilleur signe de bonne volonté que d’annuler ce qui vient à peine d’être décidé ?

Car la principale difficulté de la phase qui s’annonce avec l’administration Biden, est celle de savoir qui fait le premier pas. Jake Sullivan, le futur Conseiller national à la Sécurité, déclarait dimanche sur CNN que si l’Iran revenait dans les clous de l’Accord de 2015, Washington reprendrait sa place dans ce traité dénoncé par Donald Trump. Mais Téhéran demande d’abord la levée des sanctions pour pouvoir revenir dans l’accord, insoluble cercle vicieux.

Les chances de succès sont faibles. Car il ne s’agit pas seulement de revenir au statu quo de 2015, lorsque l’Iran renonçait à son programme nucléaire. Dans la même interview, Jake Sullivan ajoutait que les États-Unis demanderaient que son programme balistique fasse partie d’une nouvelle phase de négociation, une fois l’Accord de 2015 restauré. Téhéran refuse catégoriquement.

En fait, chacun a ses contraintes. L’administration Biden ne voudra pas prêter le flanc aux accusations d’être trop « soft » avec l’Iran ; tandis que l’équilibre politique à Téhéran penche désormais en faveur des durs du régime.

Si les fils de la négociation ne parviennent pas à être renoués, ce sera une victoire a posteriori de Donald Trump, car la confrontation se poursuivra autour du nucléaire iranien, avec tous les risques que ça comporte dans cette région en fusion.  

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