Avec l’Europe, elle eut longtemps un rapport d’amour-haine. En charge, depuis ce week-end, de la présidence tournante de l’Union européenne, la Pologne lui en avait longtemps voulu de ne pas lui avoir aussitôt ouvert ses bras après qu’elle fut sortie de l’orbite soviétique et devenue une démocratie.

C’est nous, disaient alors les Polonais, qui avions permis et précipité la fin du communisme avec nos grèves de 1980 et la création de Solidarité, nous qui avions été les premiers à nous révolter contre l’URSS dès 1956 et nous encore qui ne nous étions jamais résignés à ce régime qui nous avaient été imposé à la faveur d’un partage du monde dans lequel nous avions été sacrifiés, et vous nous faites attendre dans l’antichambre, avec vos conditions à remplir, comme si ce n’était pas nous qui avions réunifié l’Europe !

Blessée dans son orgueil national, la Pologne en était mortifiée. Elle en voulait tout particulièrement à la France qui lui opposait ouvertement le besoin d’approfondir l’Union avant de l’élargir mais en voulait, en fait, à tous les pays membres qui n’étaient pas non plus prêts à l’accueillir séance tenante et ce n’était pas tout. Rayée de la carte au 19ième siècle, politiquement réabsorbée par la Russie dans la seconde moitié du 20ième, la Pologne n’était guère disposée, de son côté, à renoncer à la moindre parcelle de sa souveraineté en troquant un ensemble supranational contre l’autre. Elle se voulait membre de l’Union mais pas d’une Union qui pourrait lui imposer des décisions prises à la majorité.

Comme la Grande-Bretagne, elle souhaitait intégrer le marché européen mais pas une Europe politique qui aurait relativisé une indépendance si chèrement et fraîchement reconquise et tout cela l’avait beaucoup plus tournée vers Washington que vers Bruxelles, vers ces Etats-Unis qui lui semblaient bien plus à même que l’Europe de la protéger de la Russie dans laquelle elle continuait à voir une menace.

Le moins qu’on puisse dire est que la Pologne n’était pas à la pointe de l’intégration européenne mais c’est ce même pays qui reproche aujourd’hui, et très vivement, aux trois grandes puissances de l’Union de moins se préoccuper de faire avancer l’Europe que de défendre leurs « intérêts nationaux égoïstes », de céder à l’euroscepticisme, de remettre en question les accords de Schengen et d’imposer à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal des potions visant trop à la réduction de leur dette et pas assez au rebond de leur croissance.

La Pologne s’affirme en grand avocat du plus d’Europe et cela tient à deux raisons. La première est qu’elle a vu, lors du conflit de 2008 entre la Russie et la Géorgie, l’Amérique se mettre aux abonnés absents tandis que l’Union européenne calmait le jeu et qu’elle en a conclu que sa sécurité dépendait plus des Etats-Unis d’Europe que d’Amérique et qu’elle devait pousser au renforcement des premiers et moins tabler sur les seconds. C’est ainsi que la Pologne pousse désormais au développement d’une Défense et d’une politique étrangère communes et elle le fait d’autant plus – deuxième raison de son évolution – que son boom économique lui a ôté tout complexe d’infériorité et qu’elle se voit maintenant d’autant plus forte que l’Europe le sera.

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