Les élections du 4 juillet ont été annulées, et le Président par interim propose un dialogue national pour définir les modalités d’un nouveau scrutin. Mais la rue reste méfiante, et de nouvelles manifestations sont prévues aujourd’hui, pour le vingtième vendredi consécutif.

Les drapeau berbère et algérien côte à côte dans une manifestation le 21 juin à Alger. Le général Gaïd Salah, chef d’état-major, a mis en garde contre la présence du symbole amazigh.
Les drapeau berbère et algérien côte à côte dans une manifestation le 21 juin à Alger. Le général Gaïd Salah, chef d’état-major, a mis en garde contre la présence du symbole amazigh. © AFP / RYAD KRAMDI / AFP

L’Algérie ne fait plus les gros titres, et pourtant, le processus politique exceptionnel né de l’opposition massive au cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, se poursuit. Ce vendredi, jour de grandes manifestations, ce sera même l’« Acte 20 » du mouvement, et on attend des foules considérables.

Le contexte est particulier : d’abord parce que cette manifestation coïncide avec l’anniversaire de l’indépendance de l’Algérie ; mais surtout parce que dans le bras de fer généralement pacifique, parfois tendu, entre le pouvoir et la rue, il y a du nouveau.

Le pouvoir algérien a pris acte de son incapacité à dicter les termes de la transition : l’élection présidentielle qui devait se dérouler hier a été annulée par le Conseil constitutionnel.

Le président par intérim, Abdelkader Bensalah, dont le mandat provisoire s’achève théoriquement la semaine prochaine, a annoncé mercredi une proposition de "dialogue" pour organiser une nouvelle élection.

Le chef de l’État intérimaire propose de réunir un panel de "personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisanes et sans ambition électorale" – chaque mot a son importance. Et il s’engage à ce que l’État, y compris l’armée qui joue un rôle-clé, reste neutre pendant ce processus qui devra définir les modalités du scrutin.

Sur le papier, ces propositions vont dans le sens de ce que réclame la rue depuis des mois, en particulier sur la neutralité de l’armée. Mais la méfiance reste de mise parmi les mouvements de la société civile et les manifestants, qui réclament en préalable la libération de tous les détenus d’opinion arrêtés au fil des semaines.

Comme à chaque étape de ce processus depuis le mois de février, c’est finalement la mobilisation de la rue qui servira de réponse à la proposition du pouvoir, plus que les déclarations des partis ou des collectifs d’opposition.

Dans le climat de défiance de l’Algérie, il est probable que la réponse de la rue risque d’être encore plus massive cet après-midi, afin de montrer que le mouvement ne se divise pas.

L’affaire des drapeaux a ainsi crispé le climat. L’homme fort de l’Algérie, le général Gaïd Salah, a mis en garde les manifestants qui brandiraient d’autres drapeaux que celui de l’Algérie, une référence au drapeau berbère bleu-jaune-vert, qui était très présent. Environ un quart de la population algérienne est berbérophone, et l’identité amazigh est un sujet sensible depuis toujours. Plusieurs manifestants ont déjà été arrêtés dans cette affaire des drapeaux, et on verra ce qu’il en est aujourd’hui.

Depuis cinq mois, l’Algérie continue d’avancer dans cette révolution pacifique qui impose le respect. Le pouvoir a lui aussi résisté à la tentation de la reprise en mains forte, comme on a pu le voir récemment au Soudan par exemple. 

Mais il faudra bien trouver une sortie politique à ce face à face qui se prolonge : pour cela, les manifestants ont besoin de confiance, un ingrédient qui manque encore terriblement dans les rapports entre l’armée et la rue.

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