Quand Vladimir Poutine déclare : « Bien sûr, nous devrons avoir des cibles en Europe », on voit revenir les pires moments de la Guerre froide. C'est à tort car, si guerre il y a, elle n’est que psychologique, destinée à suffisamment inquiéter les opinions européennes pour que les Etats-Unis ne puissent pas déployer, en Pologne et en République Tchèque, les radars et les intercepteurs du système anti-missiles dont ils veulent se doter. Ce système, Moscou n’en veut pas, pas en Europe en tout cas, mais pour comprendre le bras de fer qui s’engage là, il faut remonter au début des années 80, période clé dont le Kremlin n’a pas bon souvenir. Fraîchement élu, Ronald Reagan annonce alors au monde qu’il va lancer son pays dans la « Guerre des étoiles », un système anti-missiles fondé sur une veille satellitaire et propre à protéger les Etats-Unis d’une attaque soviétique. On sait aujourd’hui que ce projet était irréalisable mais, cette annonce n’en consterne pas moins les dirigeants soviétiques. Ils réalisent d’un coup qu’ils seraient incapables de suivre et qu’il n’y aurait plus d’équilibre de la terreur dès lors que les Etats-Unis n’auraient plus à craindre leurs missiles – bref, qu’ils ont perdu la guerre, ce qui était, sur le fond, parfaitement exact. C’est ce constat qui permettra l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev dont les tentatives de réforme précipiteront l’écroulement soviétique. La Guerre des étoiles a vaincu l’URSS. Désormais inutiles, les plans tombent dans l’oubli après la chute du Mur mais le 11 septembre les a bientôt fait ressortir des tiroirs, sous une forme moins ambitieuse, non plus destinée à contrer une attaque massive venue de l’Est mais des tirs lancés par des groupes terroristes ou des Etats voyous. A priori, pas de quoi inquiéter la Russie qui s’inquiète, pourtant, au plus haut point, parce qu’une technologie aujourd’hui limitée peut s’améliorer demain et frapper d’obsolescence toute la puissance militaire russe ; que les Etats-Unis marquent les nouvelles frontières de leur influence en voulant développer ce système en Europe centrale et que leur succès sonnerait la fin des ambitions russes de reconquête politique des possessions soviétiques, ukrainienne ou géorgienne. Pour Vladimir Poutine, la coupe est pleine. Il ne veut pas laisser faire et comme ni lui ni personne n’ignore qu’il n’aurait pas les moyens de développer un système comparable, il menace de « bâtir une réponse asymétrique » et de braquer des missiles sur des cibles européennes, de viser autrement dit ces nouvelles installations américaines en Europe. Cela, la Russie pourrait le faire et cet engrenage est assez inquiétant pour que son Président puisse espérer que la coalition allemande se divise sur le projet américain et que les opinions européennes le rejettent, comme c’est déjà le cas à Prague. Comme pendant la Guerre froide, l’Europe redevient l’enjeu d’une bataille américano-russe.

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