L’atmosphère change aux Etats-Unis. Georges Bush félicite Barack Obama pour sa victoire dans les primaires démocrates. Condoleezza Rice y voit la preuve que l’Amérique est « un pays extraordinaire » et que les premiers mots de la Constitution – « We, the people… », « Nous, le peuple… » – « commencent à vouloir dire chacun d’entre nous », autrement dit Noirs compris. Ce choix d’un candidat métis par l’un des deux grands partis suscite une émotion que ressent évidemment la secrétaire d’Etat, noire elle-même, et que le président doit prendre en compte. Plus important encore, les deux candidats désignés vissent déjà les détails organisationnels de la dizaine de débats publics qu’a proposés John McCain et que Barack Obama a aussitôt acceptés. Tout se passe comme s’il y avait une faim d’idées, d’arguments, de noblesse de la politique que ces deux hommes incarnent. Tout se passe comme si les années Bush s’effaçaient, cinq mois avant la présidentielle et presque huit avant qu’un nouvel homme n’entre à la Maison-Blanche. Impatiente, l’Amérique voudrait que ce soit déjà janvier. Le reste du monde ne le voudrait pas moins mais il y a, là, beaucoup d’illusions. Avec le départ du plus calamiteux de ses présidents, l’Amérique ne fermera pas une parenthèse. Elle va découvrir, au contraire, que l’aventure irakienne a durablement réduit sa puissance en diminuant son prestige, ses finances, ses marges de manœuvre et ses capacités d’intimidation, surtout. McCain ou Obama, le futur président devra, en même temps, surmonter une situation financière désastreuse, remettre de l’huile dans les rouages sociaux, tâcher de faire baisser les cours pétroliers et réinventer une politique étrangère. Cela ne se fera pas sans difficultés intérieures et, sur la scène internationale, la première puissance mondiale devra en rabattre. Elle devra faire la part du feu, mais comment ? Négocier avec l’Iran ? Barack Obama a su dire que ce serait inévitable. Démocrate ou républicaine, toute l’élite diplomatique américaine le sait aussi car la chute de Saddam a rendu la République islamique incontournable en mettant les chiites irakiens au pouvoir au Bagdad. L’Amérique devra chercher un compromis avec l’Iran mais comment lui reconnaître l’influence régionale qui est déjà sienne sans inquiéter les pays sunnites, ces régimes arabes dont l’Iran et le chiisme sont les premiers ennemis ? Le futur président devra redéfinir tout l’équilibre proche-oriental et, si la difficulté de la partie s’avère, elle peut conduire à des bombardements de l’Iran, créer une situation inconnue dans laquelle le nouveau président devra pouvoir compter sur un plein appui des Européens. Il devra obtenir d’eux qu’ils participent à un effort de défense commun, mais comment y parvenir sans traiter l’Europe d’égal à égal ? Sans l’inciter à devenir ce que l’Amérique n’avait jamais voulu qu’elle fût : un acteur à part entière de la scène internationale ? Le mandat que ces deux candidats se disputent n’aura rien d’une sinécure.

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