Barack Obama n’est que dualité. Blanc et noir à la fois, musulman par son père mais chrétien par sa mère et par choix, né pauvre mais vivant dans l’aisance que lui ont donnée de brillantes études, tout l’a porté à toujours tendre à cette conciliation des contraires sans laquelle il n’aurait pas pu vivre. C’est cela qui l’a fait, qui le définit. C’est ce qui avait imprégné son extraordinaire discours de Philadelphie sur les races en Amérique et c’est à nouveau lui-même, tout son être, qu’il a mis dans ce discours du Caire. A ces étudiants égyptiens qui l’ont ovationné et, à travers eux, à tout le monde arabo-musulman, il s’est adressé à la fois en connaisseur de l’Islam, en admirateur de sa civilisation, de sa grandeur, de ses apports si fondamentaux à la culture universelle et en président des Etats-Unis disant, avec toute la détermination requise, que « l’Amérique n’était pas et ne serait jamais en guerre avec l’Islam mais combattrait sans répit les extrémistes violents qui constituent une grave menace pour sa sécurité ». A chaque paragraphe, il était celui qui voyait, décrivait, expliquait tous les sujets de contentieux à travers les regards de chacun des camps en présence, avec calme et respect, empathie et conviction, rythmant son propos par l’idée, constamment reprise, que « que quoi que nous pensions du passé, nous ne devons pas en être prisonniers » mais chercher un « nouveau départ», celui de la paix et du partenariat. Comme pour le discours de Philadelphie, on enrage de ne pas pouvoir tout citer mais il faut avoir entendu ce président dire, au Caire, qu’il est « sans fondement, ignorant, haineux, mal » de nier la mort de six millions de Juifs dans les camps nazis et décrire, quelques instants plus tard, le sort « intolérable » que les Palestiniens endurent depuis soixante ans. « Les liens de l’Amérique avec Israël sont bien connus et infrangibles », dit-il, ajoutant aussitôt que l’Amérique n’ignorera pas « la légitime aspiration palestinienne à la dignité et un Etat propre ». « Les Palestiniens doivent renoncer à la violence », reprend-il pour affirmer, ensuite, sur le même ton d’évidence, qu’Israël doit reconnaître leur droit à un Etat et mettre fin à ses implantations et que les Etats arabes, eux, doivent faire plus que leur initiative de paix en cessant d’utiliser le conflit israélo-palestinien pour détourner leurs nations d’autres problèmes. Si bien venus qu’ils aient été, ce n’était que des mots, pourrait-on dire, mais ils étaient d’une telle honnêteté, d’une telle bonne volonté, que Barack Obama a forcé, hier, le respect du monde arabo-musulman, même du Hamas, qu’il s’est imposé en médiateur irrécusable au moment où la crainte de l’Iran et des islamistes pousse les capitales arabes à vouloir régler ce conflit. Ces mots justes, ce président a su les prononcer dans un moment favorable qu’il est bien décidé à exploiter en exigeant, de chacun, les compromis nécessaires. Un mot encore. J’ai appelé Jean Daniel, après ce discours, pour savoir s'il l'avait autant frappé que moi : « Quel bonheur, m’a-t-il dit, d’avoir vécu assez longtemps pour entendre cet homme dire ce que j’attendais, depuis cinquante ans, que quelqu’un dise ».

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