« Parodie d’élection », disaient hier les puissances du G-7. « Non élection », dit le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, mais si vrai que cela soit, cette présidentielle syrienne n’est pour autant pas un non-événement.

Elle ne s’est déroulée que sur la petite moitié du territoire que contrôle le régime. Elle a eu lieu dans un pays ravagé par la guerre et dont près de la moitié de la population est aujourd’hui déplacée ou réfugiée dans les pays limitrophes. Il y était fortement conseillé de se rendre aux urnes car ceux qui ne l’auront pas fait seront désormais considérés comme suspects. Il n’y avait, en fait de candidats de l’opposition, que deux faire-valoir du régime et le résultat – 88,70% des voix en faveur de Bachar al-Assad – se passe de commentaires mais le pouvoir en place peut maintenant se servir de ce scrutin pour compléter une fiction politique servant sa cause.

Dépeinte par ce régime, la situation de la Syrie sera désormais celle d’un pays victime de la subversion jihadiste mais dont la population a bravé la terreur pour aller voter et soutenir un président populaire et légitime dont les troupes sont en train de gagner une bataille dont tout le monde civilisé devrait être solidaire. On entendra beaucoup cela. On le lira. Cela sera dit aussi par des gens qui pensent qu’une dictature, aussi épouvantable soit-elle, est toujours préférable aux islamistes mais qu’en est-il en fait ?

Il est vrai que des Syriens, non pas 89% des Syriens mais une minorité non négligeable d’entre eux, souhaitaient vraiment soutenir ce régime soit parce qu’ils appartiennent à des minorités qui se sentent moins menacées par la minorité alaouite, celle de la famille Assad, que par la majorité sunnite soit parce qu’ils n’en peuvent tout simplement plus de cette guerre et n’y voient plus d’autre issue qu’une victoire du pouvoir. Il est également vrai que ce régime marque des points militaires depuis plusieurs mois. On ne saurait ni nier ni sous-estimer ces faits mais le reste n’est que propagande.

L’écrasante majorité des Syriens n’a que haine pour ce régime, celui d’un clan familial qui les opprime depuis plus de quatre décennies, muselle toute opposition, torture et pille. C’est pour cela qu’enhardie par les révolutions tunisienne et égyptienne, la Syrie était pacifiquement descendue dans les rues en 2011 et c’est la sauvagerie de la répression de ces manifestations qui les avait transformées en insurrection. Sans le soutien militaire de l’Iran, sans l’implication des milices chiites du Hezbollah libanais et la protection diplomatique de la Russie, ce régime serait tombé depuis longtemps et c’est la guerre qu’il mène contre son propre peuple qui a créé le danger jihadiste.

Les plus fanatiques des islamistes ont trouvé là le terrain de combat qu’ils avaient perdu ailleurs. La passivité des démocraties les y a aidés car elle a politiquement et militairement affaibli les démocrates syriens. Soutenu par l’Iran, ce régime se sert maintenant des jihadistes en favorisant délibérément leur progression militaire afin de pouvoir dire que c’est lui ou la terreur islamiste et c’est ainsi que la Syrie est tombée dans un drame absolu, monstrueux, inhumain et qui durera longtemps encore.

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