Où l'on voit l’islam saoudien mis en accusation pur son influence sur les djihadistes...

L’Iran s’est rué dans la brèche. Au lendemain même du nouvel attentat djihadiste dont la Grande-Bretagne a été victime samedi, le ministère iranien des Affaires étrangères a appelé les pays occidentaux à « s’attaquer aux racines du terrorisme qui sont claires pour tout le monde ».

C’était désigner l’Arabie saoudite et les autres monarchies sunnites du Golfe, adversaires régionales, à l’exception du Qatar, de l’Iran chiite et avec lesquelles Donald Trump vient de conclure de nouveaux et très gros contrats d’armements.

Cette mise en accusation est d’autant plus marquante qu’elle est intervenue au moment même où le leader du Parti travailliste britannique, Jeremy Corbin, allait dans le même sens, et bien plus explicitement encore. « Il nous faudra avoir de difficiles discussions avec l’Arabie saoudite et d’autres Etats du Golfe qui ont financé et alimenté l’idéologie extrémiste », déclarait hier l’homme qui parait maintenant en situation de fragiliser les conservateurs, voire de les battre, aux élections de jeudi prochain.

Arabie saoudite en tête, les Etats sunnites sont sur la sellette mais sont-ils vraiment coupables de complicité, même indirecte, avec le terrorisme ?

Oui et non. Ils le sont, et indiscutablement, parce que l’Etat saoudien, leur chef de file, est fondé sur une alliance entre la famille royale et un islam intégriste et réactionnaire, le wahhabisme, né au XVIII° siècle et prônant le même mode de vie qu’aux temps du prophète. C’est en vertu de cette alliance que la dynastie saoudienne est toujours sur le trône, qu’une femme ne peut ni conduite ni sortir seule de chez elle en Arabie et que des dizaines de milliers de mosquées financées par Riad diffusent de par le monde une lecture du Coran particulièrement obscurantiste et dangereuse.

Le fait est que l’écrasante majorité des djihadistes est aujourd’hui faite de sunnites influencés par le wahhabisme. Un poison se répand d’Arabie saoudite. Le wahhabisme est le plus redoutable des freins à l’évolution de l’islam. Le problème est absolument réel mais, de là à faire des monarchies sunnites la source du djihadisme, il y a un pas à ne pas franchir car les djihadistes – Daesh aujourd’hui, al Qaëda hier – sont des adversaires de la monarchie saoudienne à laquelle ils reprochent sa corruption et son alliance avec les Etats-Unis.

Entre eux et Riad, il y eut des convergences dans la crise syrienne car Daesh est une organisation sunnite qui s’oppose, comme l’Arabie saoudite, à l’extension de l’influence iranienne et, donc, chiite au Proche-Orient mais cela est maintenant révolu. Les Saoudiens ne financent pas Daesh mais le combattent, pour la bonne raison qu’ils en ont peur.

Quant au chiisme, voile ou pas, il vaut infiniment mieux être femme à Téhéran qu’à Riad.

Le chiisme est beaucoup plus ouvert, moderne et moins littéral que le sunnisme, surtout wahhabite, mais le fait est aussi que, dans la lutte d’influence entre les puissances iranienne et saoudienne, c’est aujourd’hui l’Iran qui est l’élément déstabilisateur au Proche-Orient, fauteur non pas de terrorisme mais de guerres, non moins sanglantes.

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