Il se passe quelque chose d'encourageant à Berlin mais les déclarations de la chancelière ne sont pas encore à la hauteur du moment

Huit mois, c’est donc ce qu’il aura fallu à Mme Merkel pour rassembler ses idées. C’est d’autant plus stupéfiant que dans sa réponse de dimanche aux propositions européennes qu’Emmanuel Macron avait formulées à la Sorbonne, la chancelière ne fait qu’enfin  reprendre les termes de l’accord de gouvernement qu’elle a conclu avec les sociaux-démocrates, ses partenaires de coalition. 

Alors, oui, c’est bien, pas trop mal en tout cas, mais bien tard et trop peu. C’est bien parce que la chancelière accepte désormais l’idée d’un budget de la zone euro même si elle ne l’envisage qu’en dizaine de milliards alors qu’Emmanuel Macron aurait voulu qu’il se monte à plusieurs centaines de milliards. C’est bien parce qu’elle entrebâille la porte à une solidarité financière entre Etats membres dans le cadre d’un Fonds monétaire européen, d’un FME calqué sur le FMI, le Fonds monétaire international. C’est bien parce qu’elle reprend l’idée d’une politique migratoire commune et d’une police européenne des frontières de l’Union. C’est même très bien parce qu’elle accepte de marcher vers la force d’intervention européenne commune que propose Emmanuel Macron et qu’elle confirme ainsi la volonté allemande de bâtir une Défense européenne. 

Cela fait beaucoup pour l’Allemagne qui fait là des pas, sur la Défense et les capacités d’investissements de la zone euro, qui auraient été totalement impensables, il y a bien peu de temps encore. C’est d’autant mieux qu’il ne s’agit là que de la première réponse aux propositions françaises et que tout cela va se négocier et donc s’améliorer un peu, voire beaucoup, avant le Conseil européen des 28 et 29 juin. 

Ce mouvement on le doit à la fois à Donald Trump qui a choqué l’Allemagne en mettant à exécution sa menace de taxation des importations européennes et aux résultats, surtout, des élections italiennes qui ont obligé la chancelière à entendre l’appel français à un sursaut européen. 

Il se passe quelque chose d’encourageant à Berlin mais cela vient, précisément, après et non pas avant les élections italiennes, après et non pas avant que les Italiens eurent marqué tant de déception vis-à-vis de l’unité européenne et, si positives qu’elles soient, ces déclarations de Mme Merkel ne sont donc pas à la hauteur du moment.

Il aurait fallu du souffle, du lyrisme, un peu de Goethe ou d’Hugo. Il aurait fallu redonner une âme au projet européen et relever le gant en demandant aux europhobes ce qu’ils proposent et comment un Etat seul pourrait faire mieux que l’union des 27 face à Donald Trump ou au défi migratoire mais cela, non, on ne l’a pas entendu, pas encore au moins, mais après ce coup d’essai, Mme Merkel, essayez la flamme, ce serait mieux, car pour l’heure, elle vous manque.

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