Un massacre commis lundi par des forces paramilitaires, faisant 35 morts et des centaines de blessés, a ruiné l’espoir d’une transition négociée entre la société civile et les militaires qui ont renversé le Président Omar El-Bechir.

L’armée déployée dans les rues de Khartoum lundi 3 juin, autour du QG de l’armée, là où un sit-in de manifestants a fait l’objet d’un véritable massacre par des unités paramilitaires.
L’armée déployée dans les rues de Khartoum lundi 3 juin, autour du QG de l’armée, là où un sit-in de manifestants a fait l’objet d’un véritable massacre par des unités paramilitaires. © AFP / ASHRAF SHAZLY / AFP

Un espoir est mort cette semaine au Soudan, un pays qui vit depuis des mois un soulèvement pacifique contre une dictature, et qui a replongé dans la violence. Ce pays était devenu un cas d’école pour savoir si une transition démocratique peut réellement être négociée et gérée avec une armée qui se débarrasse d’un dictateur devenu encombrant. La réponse est négative, en tous cas au Soudan.

Lundi, des forces paramilitaires se sont livrées à un véritable massacre à Khartoum, parmi les manifestants qui font un sit-in devant le QG de l’armée depuis des mois, à l’appui de leurs revendications. 35 morts et des centaines de blessés, une violence visiblement délibérée, destinée à briser le mouvement et à semer la terreur.

Hier, les militaires qui dirigent le pays depuis le renversement du Président Omar El-Béchir le 11 avril, ont annulé tous les accords qui avaient été conclus avec les organisations de la société civile, et qui semblaient augurer d’une transition négociée. Pour donner le change, le chef du Conseil militaire, le général Abdel Fattah al-Burhan, a annoncé des élections d’ici à neuf mois, dont la rue ne veut pas dans ces conditions.

Est-ce le retour à la dictature ? C’est en tous cas un coup d’arrêt à un processus qui avait le potentiel d’être exemplaire. Les millions de manifestants s’étaient dotées d’instances représentatives qui négociaient avec les chefs militaires le retour à la vie civile.

Les Soudanais accusent une unité paramilitaire, les forces de soutien rapide du général Mohamed Hamdan Daglo, connu par son nom de guerre « Hemetti », qui a procédé à un véritable coup de force. L’armée régulière est restée passive, dépassée.

Du côté de la rue, on appelle désormais à la désobéissance civile, pour contrecarrer la reprise en mains par les militaires, qui marquerait la fin de la révolution douce soudanaise. Les leaders civils blâment également les influences du Golfe, Arabie saoudite et Émirats arabes unis, les bailleurs de fonds du Soudan, qui s’inquiéteraient du risque de contagion.

Depuis les révolutions arabes de 2011, on sait à quel point les informations, les émotions circulent. Le hasard a fait qu’à peu près au même moment, le Soudan et l’Algérie, deux pays aux histoires et à la sociologie très différents, vivaient des situations comparables. En Algérie, le soulèvement de la société contre le cinquième mandat du Président Bouteflika ; au Soudan, le ras-le-bol de tout un peuple contre un dictateur islamo-militaire qui a ruiné le pays.

Les deux hommes ont été déposés à quelques jours d’intervalle dans des conditions similaires : poussés à la porte par leur propre hiérarchie militaire pour calmer le jeu. Mais dans les deux cas, la rue a maintenu la pression pour se débarrasser d’un système et pas seulement d’un homme.

Le contre-exemple soudanais marque le retour à la violence là où l’Algérie s’en tient toujours à un face à face tendu entre la rue et le général Gaïd Salah qui a pris les rênes du pouvoir. Le système fait de la résistance.

Un scénario à l’Égyptienne, dans lequel, à la fin, c’est toujours l’armée qui gagne, est-il inéluctable ? Les peuples arabes tentent de rompre avec cette fatalité, mais le Soudan les y ramène une nouvelle fois.

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