La Pologne n’a jamais eu d’intérêts directs ni moins encore de présence au Proche-Orient. Les Polonais ne connaissent pas cette région et les Irakiens connaissent encore moins la Pologne mais une partie de l’Irak -le Nord, le centre, on ne sait pas encore- pourrait être bientôt administrée par la Pologne. Georges Bush l’a proposé aux Polonais pour les remercier de leur soutien à sa politique irakienne. Les Etats-Unis veulent ainsi sceller leur connivence avec la Pologne. Ils veulent promouvoir et hisser au rang d’acteur de la scène internationale un pays de 40 millions d’habitants qui sera bientôt membre de l’Union européenne, qui comptera dans l’Union et sur lequel les américains peuvent compter. L’Amérique cultive ses amis européens pour mieux contrer la France et l’Allemagne mais quelles sont là les motivations polonaises ? Pourquoi la Pologne colle-t-elle aux Etats-Unis au point de s’apprêter à engager des hommes en Irak ? Il y a deux raisons à cela. La première est que la Pologne, comme tous les pays de l’Europe médiane, a derrière elle une si longue histoire de partages et d’annexion, de négation de ses frontières et de son identité, qu’elle veut un puissant protecteur à même de garantir son indépendance. Si l’Europe était déjà une puissance politique et militaire, sans doute les Polonais se contenteraient-ils de l’Union pour assurer leur sécurité mais l’Union n’a pas d’armées, l’Union n’est pas encore un Etat, moins encore une puissance politique, et les Polonais ne font donc confiance qu’aux Etats-Unis. Leur horizon est d’autant plus américain qu’ils n’ont cessé, durant leur demi-siècle communiste, de rêver d’Amérique, que c’est, à leurs yeux, les Etats-Unis qui ont défait l’URSS, qu’entrer dans l’Europe signifiait, pour eux, rejoindre l’Alliance atlantique, qu’ils ont opté pour le modèle économique américain, que l’ancrage américain définit, en un mot, le consensus national – comme ce fut le cas en Allemagne durant toute la Guerre froide. Mais ce n’est pas tout. La Pologne a une revanche à prendre sur l’Histoire. Ecrasée, muselée, durant tant de siècles, elle veut exister, rattraper le temps perdu, déjà peser du poids qu’elle aura quand elle aura comblé son retard économique, du poids que lui donnent sa taille et sa population, du poids, aussi, qu’elle a eu dans l’Histoire européenne d’avant les partages et dans l’écroulement, surtout, de l’empire soviétique. En cela très semblable à la France, la Pologne a un immense orgueil national et considère qu’à tisser des liens privilégiés avec les Etats-Unis elle pourra non seulement se faire mieux entendre en Europe mais aussi s’affirmer en puissance régionale, ambition qui lui paraît aller de soi. Au Sud, la Pologne se voit en chef de file naturel de l’Europe centrale dont elle est le principal Etat. Au Nord, riveraine de la Baltique, elle est incontournable pour les Suédois et dans les franges de la défunte Union soviétique, la Pologne n’oublie pas qu’elle n’a longtemps fait qu’une avec la Lituanie et que l’Ukraine occidentale a été polonaise. La Pologne n’a pas de revendications sur ces deux pays mais elle leur a proposé de s’engager avec elle en Irak et compte bien y développer son influence.

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