Un pays allié, les Etats-Unis, un pays ami aux côtés duquel vous êtes entrés en guerre, peut-il avoir tué l'un de vos hommes, un héros national qui plus est, et refuser de vous présenter des excuses ? C'est à cette question que doit répondre aujourd'hui Silvio Berlusconi devant son Parlement car elle agite toute l'Italie depuis qu'une patrouille américaine a fait feu, il y a deux mois, sur une voiture conduisant à l'aéroport de Bagdad une otage italienne libérée et tué l'officier de renseignements qui venait de l'arracher à ses ravisseurs. Dans tout le pays, le choc avait été d'autant plus violent que cette tragédie avait immédiatement suivi l'annonce de cette libération. Elle est libre ! Un avion l'attend ! Elle sera bientôt de retour ! avait fait annoncer la Présidence du Conseil. De Rome, on suivait la progression de la voiture vers l'aéroport. Malgré la nuit, toute l'Italie était à la fête tant le sort de Giuliana Sgrena, journaliste du Manifeste, avait ému le pays comme celui de Florence Aubenas émeut la France. Et soudain, des bruits étranges, glaçants, des cris avaient retenti dans les téléphones portables. Des balles sifflaient. Nicola Calipari s'était couché sur Giuliana Sgrena qui l'avait alors senti s'alourdir, mort, tué net par des balles américaines, un « tir ami » comme dit le jargon militaire. L'émotion avait été si grande que certains en étaient arrivés à parler de tirs intentionnels, d'une volonté de tuer. Ce n'était bien sûr pas le cas. Il n'y aurait eu aucune raison que ce le fut. Les soldats américains avaient tiré car ils vivent dans la hantise des attentats, la peur au ventre, que cette voiture roulant dans la nuit aurait pu constituer une menace et qu'ils avaient, d'instinct, préféré tirer d'abord et vérifier ensuite. Faute ? Bien sûr, évidemment. Compréhensible ? Il faut ne s'être jamais trouvé dans une telle situation, à l'âge de vingt ans, se demandant pourquoi l'on devrait mourir en Irak, pour ne pas reconnaître des circonstances atténuantes à ces soldats mais ce que l'Italie n'admet pas, ne digère pas, c'est ce refus de la Maison-Blanche et du commandement américain d'offrir les excuses qui s'imposaient, de reconnaître la faute commise et demander pardon. Au lieu de cela l'armée américaine vient de s'exonérer de toute responsabilité dans un rapport que contredit point par point l'enquête menée par les Italiens et c'est cela qui met Silvio Berlusconi dans une situation impossible car il s'est toujours.vanté de ses bonnes relations avec Georges Bush - un atout pour Italie, disait-il – et avait envoyé des troupes en Irak contre l'avis de l'immense majorité des Italiens. Silvio Berlusconi ne veut pas hausser le ton contre les Etats-Unis mais il ne peut pas non plus se contenter de leurs « regrets » alors que sa propre majorité gronde, que l'Italie veut le rappel de ses soldats, que tous les grands journaux sont déchaînés contre l'attitude américaine et que le plus fort tirage du pays, le Corriere délia Sera, un quotidien conservateur, titrait hier : « Cette Amérique ne nous plait pas ». Silvio Berlusconi va louvoyer. Il sait faire, mais de mois en mois, de crise en crise, sa position s'affaiblit - toujours plus.

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