Le vice-président américain, Dick Cheney, vient d’accuser la Russie de tourner le dos à la démocratie et d’utiliser ses ressources énergétiques comme « instrument de chantage » sur ses voisins. Jamais les Etats-Unis ne s’en étaient pris à la Russie avec autant de vigueur depuis la fin du communisme Flottements ? Contradictions ? Perplexité ? Le mot ne se laisse pas encore choisir mais il y a aujourd’hui comme une cacophonie dans les commentaires américains sur le monde et la Russie en particulier. D’un côté, Georges Bush et sa fidèle secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, font tout ce qu’ils peuvent pour obtenir le soutien de Vladimir Poutine dans la crise iranienne, négocient patiemment avec lui les virgules des projets de résolution du Conseil de sécurité et montrent, par là, qu’ils savent avoir besoin du Kremlin pour tenter de ramener Téhéran à la raison et éviter une épreuve de force militaire qu’ils ne souhaitent manifestement pas. De l’autre… Eh bien, de l’autre, Dick Cheney, le vice-président de ces mêmes Etats-Unis, vient de se rendre à Vilnius, capitale d’une ancienne république soviétique, la Lituanie, aujourd’hui membre de l’Union européenne et de l’Otan, pour s’y livrer à une attaque en règle contre la Russie. Au cours d’une réunion à laquelle participaient les présidents de neuf pays sortis de l’URSS ou du bloc soviétique, il a expliqué que la Russie avait « un choix à faire », que son gouvernement avait « restreint les droits de la population dans de nombreux domaines », que « les opposants à la démocratie cherchait à y revenir sur les progrès de la décennie passée » et que rien de « légitime » ne pouvait justifier ni « l’utilisation du gaz et du pétrole comme instruments de manipulation et de chantage » ni « des actions portant atteinte à l’intégrité territoriale d’un voisin ou entravant des changements démocratiques ». Au-delà même des évolutions internes de la Russie, il y avait là autant d’allusions à l’Ukraine, victime, à l’automne, d’un arrêt des livraisons de gaz russe, et à la Géorgie où la Russie soutient le mouvement sécessionniste de la République autonome d’Abkhazie. Dick Cheney vient, autrement dit, d’apporter le soutien de l’Amérique à des pays de la périphérie russe en conflits avec Moscou. « Le système démocratique qui a ramené l’espoir sur les rives de la Baltique (c’est-à-dire dans les pays Baltes) peut l’apporter sur celles de la Mer Noire (c’est-à-dire en Ukraine et en Géorgie) », a-t-il d’ailleurs conclu, appelant ainsi presque ouvertement Kiev et Tbilissi à la résistance contre la Russie. « Complètement incompréhensible », a sèchement commenté le Kremlin mais ça ne l’est, en fait, qu’à demi. Ca l’est car, embourbés en Irak et ne sachant déjà pas quoi faire face à l’Iran, les Etats-Unis n’ont pas les moyens d’être bien utiles à l’Ukraine et la Géorgie. Cette rhétorique relève du moulinet mais elle reflète en même temps une profonde irritation, perceptible dans tous les milieux de Washington, démocrates et républicains, devant l’image d’impuissance que donne l’Amérique. Ce n’est pas parce que nous avons un pied dans les sables irakiens que nous nous laisserons marcher sur l’autre, y dit-on sur tous les tons et tandis que Georges Bush et Condoleezza Rice, aux manettes, avancent à vue, l’idée progresse de faire entrer dans l’Otan l’Ukraine et la Géorgie, voire la Nouvelle Zélande et l’Australie. La tentation de montrer ses muscles et de parler fort monte à Washington et cela explique cette sortie de Dick Cheney.

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