C’est qui les marchés ? Qui sont ces marchés qui s’attaquaient, hier, à l’Espagne après avoir contraint l’Europe et le FMI à voler au secours de la Grèce et qu’est-ce qu’une « attaque » des marchés ? Les marchés, le marché faudrait-il dire, c’est l’ensemble des détenteurs et gestionnaires de capitaux, tous ceux qui ont de l’argent à placer ou font profession de le faire fructifier. C’est le milliardaire comme le petit épargnant, le chargé de compte qui conseille un client comme la banque qui l’emploie, petite ou grande mais toujours soucieuse de réaliser les plus gros profits possibles sur les sommes que particuliers et entreprises déposent dans ses coffres. Le marché, c’est l’argent qui, contrairement à l’amour, a une loi. L’argent veut toujours faire plus d’argent, c’est sa nature et son pouvoir car, toute personne en ayant souhaite qu’il lui en rapporte encore plus, qu’il ne fonde pas au moins, et a les moyens – c’est le cas de le dire – d’y parvenir. Individu ou société, physique ou morale, cette personne peut prêter cet argent et toucher des intérêts, elle peut acheter des actions d’entreprise, des bonds d’Etat ou un bien immobilier dont la valeur, pense-t-elle, peut croître. Pour grossir, l’argent n’a que l’embarras du choix mais encore doit-il ne pas se tromper. Mieux vaut pour lui ne peut pas se porter sur les emprunts d’un Etat qui pourrait faire faillite, les actions d’une entreprise dont la valeur boursière pourrait baisser ou un terrain aux côtés duquel la municipalité construirait un incinérateur. Toujours inquiet, cet argent, ce marché, a donc un besoin vital d’informations. Non seulement il a besoin de savoir mais chacun de ses acteurs a besoin de savoir avant les autres pour se dégager ou se placer avant que ça ne baisse ou que ça ne monte. Il y a toujours eu des financiers de génie pour anticiper les grands mouvements mais la plupart des acteurs du marché ne font que suivre idées reçues et rumeurs ou s’en tenir aux chiffres d’une entreprise ou d’un Etat, à ce qu’on appelle leurs « fondamentaux ». Peureux et moutonnier, le marché marche en troupeau et une attaque des marchés, c’est leur panique, ce moment où ils se disent, par exemple, que la Grèce sent le roussi. Aussitôt, ils la fuient. Ils vendent de la Grèce qui ne parvient alors plus à emprunter qu’à des taux prohibitifs. Face au sentiment, à la panique, mais également aux profiteurs de la panique qui en profitent pour spéculer, le pays visé sent toujours plus le roussi et le problème, aujourd’hui est que c’est toute l’Europe qui est menacée par une panique de ce type, par une attaque des marchés. Ce n’est bien sûr pas que l’Union européenne soit en faillite, loin de là puisqu’elle constitue l’une des deux plus fortes économies du monde. C’est que plusieurs des pays de l’euro traversent une mauvaise passe, comme l’Espagne, et que les marchés craignent que la zone euro n’en soit ébranlée car, si elle a une monnaie unique, elle n’a pas de politique commune qui lui permettrait de faire face à ces difficultés nationales et que sa cohésion risque d’en être ébranlée. Autant le voir, cette inquiétude des marchés n’est pas infondée. Le problème est réel et l’Union est ainsi brusquement placée devant un redoutable défi : s’intégrer ou se désintégrer – se doter, et vite, de politiques communes ou se déliter.

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