Pile, ils perdaient. Face, ils perdent. Si les dirigeants ukrainiens n’avaient pas entrepris de reprendre le contrôle des villes passées aux mains des séparatistes pro-russes, ils n’auraient plus eu aucun titre à se dire en charge de leurs pays et toute l’Ukraine orientale serait parallèlement tombée, une ville après l’autre, aux mains des partisans d’une partition menant, comme en Crimée, à un rattachement à la Russie.

Les dirigeants ukrainiens n’avaient pas le choix. Ils sont passés à l’offensive mais les points qu’ils marquent ici ou là sont immédiatement contrebalancés par ceux que marquent les séparatistes dans d’autres villes et il y a, en plus, le drame d’Odessa. Dans ce port chargé d’histoire mais que les troubles avaient jusqu’à maintenant épargné, des pro-russes sont allés s’attaquer à des partisans de l’unité nationale qui les ont repoussés et contraints à se réfugier dans un bâtiment dont l’incendie a provoqué le drame que l’on sait.

Non seulement la contre-offensive des dirigeants ukrainiens tourne au fiasco mais l’Ukraine vient de faire un pas de plus vers la guerre civile. Un conflit durable et sanglant menace toujours plus d’éclater au cœur de l’Europe, dans un pays plus étendu que la France et que bordent l’Union européenne à l’Ouest et la Fédération de Russie à l’Est. La Russie est déjà plus qu’impliquée dans ce conflit. S’il se développait, beaucoup de pays européens, voire l’Union elle-même, le seraient vite.

C’est une situation qui n’est pas grave mais très grave, d’autant plus grave que personne ne sait jusqu’où M. Poutine veut aller et que les Occidentaux sont emportés dans cette tourmente à leurs corps défendant, les Américains puisque leur souhait est de se désengager d’Europe et les Européens parce qu’ils ne veulent aucunement faire entrer l’Ukraine dans l’Union dont l’état économique et politique ne permettrait pas un tel élargissement avant longtemps.

Bien que les contacts diplomatiques ne soient pas rompus, cela signifie que ce ne sont pas des objectifs mais des craintes qui déterminent ce conflit.Vladimir Poutine craint que l’Alliance atlantique ne veuille s’avancer jusqu’à ses frontières. Américains et Européens craignent, eux, qu’il ne veuille redessiner les frontières de l’Europe en remettant la main, par la force, sur les pays sortis de l’empire russe lors de l’éclatement soviétique de 1991.

Rien n’est plus dangereux qu’une crise dans laquelle aucune des deux parties ne maîtrise les intentions de l’autre et l’urgence est donc d’ouvrir un dialogue de fond entre l’Union européenne et la Fédération de Russie sur l’avenir du continent et non pas seulement de l’Ukraine. L’Union devrait en faire la proposition. Elle devrait solennellement déclarer qu’elle ne veut pas d’une extension de l’Otan jusqu’aux frontières russes, qu’elle voudrait que l’Ukraine soit, au contraire, un pont entre les deux Europe mais que la Russie doit s’engager, de son côté, à respecter l’indépendance des pays anciennement soviétiques afin que l’Union et la Fédération puissent ainsi jeter les bases d’un accord de sécurité et de coopération en Europe dont elles ont également besoin.

Un pays pourrait et devrait avancer cette idée et ce pays, c’est la France.

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