C’est une élection aussi incertaine que décisive pour la Grande-Bretagne et l’Europe. Elle est totalement incertaine puisque, à deux jours de ces législatives, les sondages continuent à donner à égalité les deux grands partis britanniques, conservateur et travailliste, qu’aucun d’eux ne devrait atteindre la majorité qui lui permettrait de gouverner seul et que, quel que soit le vainqueur en nombre de sièges, il devra donc parvenir à former une coalition qui n’est, en aucun cas, évidente.

La Grande-Bretagne s’interroge. La Grande-Bretagne ne sait pas qui ses électeurs s’apprêtent à porter aux commandes. La Grande-Bretagne paraît ouvrir une nouvelle page de son histoire politique en achevant de sortir d’un bipartisme qui semble y avoir tout aussi vécu que dans bien d’autres pays européens mais les Britanniques ne sont aujourd’hui pas seuls à se demander où conduira ce scrutin.

Toutes les capitales européennes le font aussi car David Cameron, le Premier ministre conservateur sortant, s’est solennellement engagé à organiser sous deux ans un référendum sur l’appartenance de son pays à l’Union. S’il est en position, après-demain, de continuer à gouverner, ce référendum a toute chance d’avoir lieu et la réponse pourrait bien être un « oui » à un brexit, à un british exit, à une sortie de l’Europe, puisque les Britanniques n’ont jamais été enthousiasmés par l’unité européenne à laquelle ils préfèrent le grand large et qu’ils le sont moins que jamais car ils n’auraient aucune raison d’être épargnés par l’impopularité croissante de l’Union.

Si les Britanniques s’en allaient, cela donnerait sans doute la possibilité aux autres Européens d’aller plus loin plus vite sur la voie de l’unité politique mais cela amputerait aussi l’Union d’un pays qui est évidemment une composante essentielle de l’Europe et, dans l’immédiat au moins, réduirait également son poids économique, politique et militaire sur la scène internationale. Atout ou handicap, les deux à la fois en fait, cela serait un défi majeur pour l’Union qui n’est guère en état de savoir le relever vite et bien.

Si à l’inverse, c’était Ed Miliband, le candidat travailliste, qui était en position de prendre les commandes britanniques, les chances sont minces qu’il puisse le faire avec le seul appoint des centristes du parti libéral démocrate. Ce n’est pas complètement impossible mais il est beaucoup plus probable que les Travaillistes doivent alors faire appel aux indépendantistes écossais du SNP qui n’entreraient pas au gouvernement ou ne leur accorderaient pas leur soutien sans obtenir de vraies concessions sur le statut de l’Ecosse. La Grande-Bretagne ne sortirait pas de l’Union mais c’est sa propre unité qui serait mise en question ainsi, par ricochets, que celle de plusieurs autres pays européens où des indépendantismes ou autonomismes régionaux sont à l’œuvre.

Il se peut, bien sûr, que les sondages se trompent. Il se peut aussi qu’un soudain mouvement d’opinion vienne bouleverser la donne d’ici à ce que les Britanniques se rendent aux urnes mais, si les résultats confirment les prévisions, cette élection fera date.

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