Direction l'Afghanistan où depuis quelques semaines, on récolte le pavot à l'opium...

Par Anthony Bellanger.

Direction l'Afghanistan où depuis quelques semaines, on récolte le pavot à l'opium...

Depuis mi-mars exactement, et selon les paysans afghans, jamais on avait vu une telle récolte, en qualité comme en quantité : il a beaucoup plus cet hiver et, en plus, jamais les Afghans n'avaient mis en culture autant d'hectares : plus de 220 000ha cette année.

Le tout essentiellement cantonné dans l'Helmand, une province frontalière du Pakistan. Ce qui est pratique : le Pakistan a des ports pour ensuite exporter la marchandise dans le monde entier. Or il se trouve que l'Helmand est bastion des Talibans.

En clair, cette récolte exceptionnelle de pavots à opium va profiter au trésor de guerre des islamistes radicaux afghans. C'est si vrai que, depuis le début de la moisson, la guerre a baissé d'intensité : les talibans sont aux champs pour sécuriser la récolte.

Mais le gouvernement afghan et les Etats-Unis ne font rien contre ça ?

D'autant que ça représente 4Mds$ de revenus par an dont un quart seulement finit dans les poches des paysans. En fait, les Etats-Unis a arrêté depuis 2009 les campagnes d'éradication des cultures de pavot : c'était trop gourmand en hommes et en moyens.

Les Talibans aussi ont arrêté de se détruire les champs de pavots. C'est le paradoxe de cette situation : lorsqu'ils étaient au pouvoir, les Talibans ont brûlé et détruit la culture du pavot afghan, estimant qu'elle était « haram », c'est à dire islamiquement incorrecte.

Cette politique talibane avait si bien réussi qu'en 2001, il n'y avait plus que 7 500ha mis en culture contre je le rappelle 220 000ha aujourd'hui : 30 fois plus ! Entre temps, ils ont été battus et l'argent que rapporte l'opium est passé avant les arguties religieuses.

Or comme l'Afghanistan produit à lui seul 85% de l'opium illégal au monde, de 1996, date de la prise du pouvoir par les Talibans à 2009, fin du programme d'éradication américain, on ne trouvait plus (ou presque) d'héroïne dans les villes occidentales.

Vous voulez dire que la consommation a repris depuis...

En trombe même : aux Etats-Unis, on parle déjà d'épidémie : le nombre d'overdose à l'héroïne a plus que triplé depuis 2010 : de 3 000 décès à plus de 10 000 en 2014. De la même façon, les consommateurs sont passés d'1,5M en 2010 à 4M en 2014.

Une recrudescence qu'on peut directement lier à l'augmentation exponentielle de la production en Afghanistan mais aussi à celle du Mexique. Encore une fois, c'est un simple jeu de vases communiquants :

Lorsque l'Afghanistan ne produisait plus, ou pas assez, les cartels mexicains ont sauté sur l'occasion. Après tout, c'est tout de même plus simple de produire du pavot à opium au plus près des consommateurs américains.

Sauf que les Mexicains, même au meilleur de leur forme, n'ont jamais produit plus de 7% de l'héroïne mondiale. C'est donc bien le retour de l'Afghanistan qui a changé la donne et qui a remis l'héroïne et les problèmes de santé publique que sa consommation entraîne.

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