Alors que le ton monte entre Pékin et Washington, le reste du monde se garde bien de suivre l’un ou l’autre, comme si leurs postures étaient trop excessives pour être adoptées. C’est inquiétant – et rassurant.

Donald Trump répondait lundi aux questions de Fox News sous le regard d’Abraham Lincoln, il en a profité pour accuser une nouvelle fois la Chine.
Donald Trump répondait lundi aux questions de Fox News sous le regard d’Abraham Lincoln, il en a profité pour accuser une nouvelle fois la Chine. © AFP / POOL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Il y a quelque chose de paradoxal -et finalement de rassurant- dans l’escalade verbale entre Pékin et Washington : le reste du monde y assiste, inquiet, mais sans pour autant s’engager derrière eux.

Tout se passe comme si l’un comme l’autre était si excessif dans ses positions qu’il rend impossible le fait de le soutenir ouvertement, ce qui se serait passé en d’autres temps de tension internationale. 

Donald Trump a choisi l’escalade verbale contre la Chine, en affirmant disposer de preuves que le coronavirus proviendrait d’un laboratoire de Wuhan. Il assure que Pékin va devoir payer des « réparations » pour les milliards de dollars qu’aura coûté la pandémie, et agite la menace sans précédent de ne pas honorer des bons du trésor américain détenus par la Chine.

Le problème est qu’il n’avance pas la moindre preuve, contredisant même les conclusions de ses propres services de renseignement. La piste du laboratoire n’est qu’une hypothèse, et quand on entend Donald Trump, on ne peut s’empêcher de penser à Colin Powell, le Secrétaire d’État de George Bush, agitant une fiole chimique au Conseil de sécurité pour accuser l’Irak en 2003… Comme on le sait depuis, ces accusations étaient un mensonge pour justifier une guerre.

La méfiance est telle qu’aucun autre État au monde n’a emboîté le pas aux accusations américaines. Beaucoup réclament eux aussi toute la lumière sur les origines de l’épidémie, et estiment que la Chine n’a pas dit toute la vérité. Mais ils le font sans la posture de la guerre froide en vigueur à Washington.

La Chine, pour sa part, a choisi un mode de défense agressif, qui ne lui attire pas beaucoup d’amis.

Les diplomates chinois se sont lâchés ces dernières semaines, selon une stratégie dite du « loup combattant », c’est-à-dire sans prendre de gants. Cela a valu aux ambassadeurs de Chine des convocations dans plusieurs pays, dont la France, et une dégradation des relations avec l’Australie ou la Suède, ou encore avec une partie de l’Afrique.

Un rapport interne chinois qui a fuité hier prévient que Pékin doit s’attendre à une vague hostile dans le monde après la pandémie, faisant le parallèle avec l’isolement de 1989, après le massacre de Tiananmen. Dans les scénarios envisagés, le plus extrême parle d’un risque de guerre avec les États-Unis.

On n’en est pas là, le contexte électoral américain explique quand même la posture de Donald Trump ; mais cette réflexion à Pékin montre que cette affaire laissera des traces dans les relations de la Chine avec le reste du monde.

Ainsi donc, nous avons une crise entre les deux premières puissances mondiales, sans que le reste du monde ne s’engage. Au contraire, hier, l’Europe, l’OMS, et une partie du monde émergent étaient réunis en visioconférence sous l’égide de la Commission européenne pour mobiliser des fonds pour la recherche de vaccins, et surtout assurer qu’ils seront accessibles à tous. Les Américains étaient absents, et les Chinois discrets. 

Une démonstration de multilatéralisme actif, possible antidote au virus de la discorde en pleine pandémie. 

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.