La bataille démocrate va, donc, se prolonger. Hillary Clinton s’est remise en selle, hier, et l’aura même solidement fait en remportant, d’un coup, le Texas, l’Ohio et le Rhode Island. Rendez-vous, maintenant, le 22 avril, en Pennsylvanie, le prochain des grands Etats à se prononcer, mais comment expliquer que cette bataille des primaires, simple moment, après tout, de politique intérieure d’un pays étranger, passionne autant les cinq continents ? Il y a deux raisons à cela. La première est que jamais un Président américain n’avait entraîné les Etats-Unis dans un tel désamour international. Même en Europe, l’autre pilier de l’Alliance atlantique, les pays traditionnellement les plus américanophiles n’aiment plus, aujourd’hui, cette si grande puissance dont ils s’étaient, si longtemps, senti si proches. Le monde ne la perçoit plus comme facteur de stabilité mais d’instabilité. Georges Bush inquiète et fait peur et voilà que, sur cette toile de fond, apparaissent trois candidats à la Maison-Blanche qui, tous, frappent l’imagination. Désormais assuré de l’investiture républicaine, John McCain est un outsider, en rupture avec son camp, un homme détesté par la droite de son parti, par les fondamentalistes protestants avant tout, et qui a eu le courage de dénoncer et combattre le recours à la torture. C’est un homme entier, expérimenté, capable et assez peu démagogue pour oser dire à un électorat totalement las de la guerre d’Irak que, non, l’Amérique ne peut pas en tourner la page du jour au lendemain et devra rester à Bagdad le temps de réparer les dégâts qu’elle y a commis. Qu’on aime ou pas les militaires conservateurs, on ne peut pas dénier des qualités à John McCain et Hillary Clinton n’en manque pas non plus. La force d’âme avec laquelle elle a fait face à l’irruption de Barak Obama dans des primaires qu’elle avait semblé certaine de remporter rassure et impressionne. Cette femme est décidément à même de faire face à des crises et les huit années qu’elle avait passées à la Maison-Blanche comme Première Dame, son expérience de sénatrice, la qualité de ses conseillers et la sincérité de son engagement social ne laissent certainement pas indifférents. Quant à Barak Obama, issu d’un milieu très modeste, fils d’un Kenyan et d’une Américaine, métis qui a su attirer les voix de tant de Blancs, il fait tout simplement rêver d’une Amérique qui saurait ressusciter, avec lui, le rêve américain, la réconcilier avec elle-même et avec le monde en montrant que rien n’est décidément impossible dans ce pays. L’Amérique s’est donnée, là, trois candidats qui prouvent, tous, qu’elle pourrait refermer une parenthèse déplorable, rebondir, et le monde se prend à espérer qu’elle pourrait retrouver, avec eux, assez de sagesse pour revenir à la hauteur de responsabilités internationales qu’aucun autre pays n’est à même d’assumer. C’est la seconde raison de l’intérêt suscité par ces primaires. Le monde va mal. Sa pagaille est telle qu’il a besoin d’une Amérique forte et lucide pour tenter de canaliser ce chaos qui semble l’emporter dans tant de conflits. Cette élection, c’est un fait, n’est pas seulement américaine. Elle est mondiale.

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