Oui ? Non ? Cette si lointaine Cour pénale internationale allait-elle vraiment lancer un mandat d’arrêt contre leur bourreau, Omar el-Béchir, président du Soudan, accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité ? Au Tchad où les massacres les a fait fuir, 200 000 réfugiés du Darfour attendaient, hier, la nouvelle et, lorsqu’elle est tombée, lorsque ce fut « oui », ils en pleuraient et criaient de joie, remerciant Dieu et les hommes. Il y a six ans, dans cette province du Nord Ouest du Soudan grande comme la France, un groupe rebelle s’était engagé dans une lutte armée contre le pouvoir central auquel il reprochait de favoriser les populations arabes contre les populations noires et de ne pas équitablement répartir les richesses nationales. Déjà confronté à une sécession de la partie sud du pays, chrétienne et animiste, le pouvoir avait réagi avec une rare violence, mobilisant des « milices d’autodéfense », constituées de nomades arabes qui lorgnent depuis toujours sur les terres fertiles des paysans noirs. L’aviation bombardait bourgs et villages, puis les milices intervenaient, à cheval, pour finir le travail, tuant les survivants, violant les femmes, pillant et brûlant tout. Directement ou indirectement, quelques 300 000 personnes ont ainsi péri. On compte aujourd’hui plus de deux millions de réfugiés. La Cour pénale internationale avait toutes les raisons de lancer ce mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir. Elle en a été applaudie par toutes les grandes organisations de défense des droits de l’homme mais rien n’est résolu pour autant. Au-delà du symbole fort, et nécessaire, que constitue ce mandat, la Cour ne dispose pas de forces pour le faire exécuter. Elle ne peut bien sûr pas compter sur la police soudanaise et pas un pays au monde n’est prêt – on l’a bien vu depuis six ans – à intervenir au Soudan, pays grand comme cinq fois la France qu’il faudrait ensuite prendre en charge alors que ses problèmes sont innombrables, voire insolubles. En lui-même, ce mandat ne change rien et ses conséquences politiques, deuxième problème sont loin d’être évidentes. On peut naturellement imaginer que le régime soudanais, ou l’armée, veuille se débarrasser d’un homme devenu bien encombrant et qui ne pourra plus sortir sans risques de ses frontières. C’est une possibilité. Omar el-Béchir pourrait un jour subir le sort de Milosevic, livré par son propre pays à la justice internationale, mais il est plus probable, dans l’immédiat au moins, que son régime se raidisse et que, parallèlement, les groups rebelles du Darfour soient enhardis par cette victoire morale et tentent des offensives d’envergure contre le pouvoir central. La décision de la CPI pourrait bien avoir pour premier résultat un redoublement des atrocités et c’est là tout le problème posé par l’idée même d’une justice internationale. D’un côté, elle met terme à l’impunité des buveurs de sang. C’est un considérable progrès, un grand espoir, mais, de l’autre, cette justice laisse peu de place à la recherche, difficile et odieusement lente, de solutions politiques à des crises dont les causes sont, toujours, effroyablement complexes.

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