Ces bombes sont trompeuses. Trois sanglants attentats ont marqué, hier, le début des élections parlementaires irakiennes qui s’achèveront dimanche. Il est malheureusement improbable que le couvre-feu et les mesures de sécurité exceptionnelles qui entourent ce scrutin empêchent qu’il ne s’en produise d’autres mais les choses s’améliorent en Irak et ce vote pourrait les améliorer encore. L’Irak reprend espoir pour trois raisons. La première est, que dès la seconde moitié du dernier mandat de Georges Bush, les Etats-Unis y avaient corrigé la plus grave de leurs erreurs en cessant d’ostraciser la minorité sunnite, un quart de la population, au motif que c’était sur elle que s’était appuyé Saddam Hussein. Jamais dite mais bel bien appliquée par le biais du renvoi de tous les fonctionnaires et militaires qui avaient appartenu au parti Baath, celui de l’ancien régime, cette politique avait privé le pays de ses meilleurs cadres, incité nombre de militaires à rejoindre les réseaux d’al Qaeda et dressé la majorité des sunnites contre les Américains et le pouvoir qu’ils mettaient en place. C’est ainsi que s’étaient instaurées les années de chaos et de tueries quotidiennes mais cette page est aujourd’hui tournée. Dès que les Américains leur ont donné des assurances sur leur sort, les sunnites ont rompu avec le terrorisme, isolé al Qaeda et ainsi contribué à un retour au calme, bien relatif, fragile mais réel. La deuxième raison de l’amélioration en cours et que les élections de 2005 avaient permis l’émergence d’un premier ministre, Nouri al-Maliki, issu de la majorité chiite mais, l’un dans l’autre, respectueux des autre communautés, qui a su petit à petit imposer l’autorité de son gouvernement et commencer à remettre l’Irak en marche. C’est si vrai que troisième raison d’espérer, les sunnites participent à ces élections alors qu’ils avaient boycotté les précédentes. S’il n’y a pas trop d’attentats d’ici dimanche soir et qu’une coalition majoritaire peut se dégager de ce vote – deux conditions de poids – Barack Obama aurait alors la possibilité de tenir son engagement, réitéré, en janvier, dans le discours sur l’état de l’Union, d’avoir rappelé toutes les troupes américaines d’ci la fin de l’année prochaine après avoir retiré, dans six mois, les troupes opérationnelles. L’Amérique peut être bientôt sortie du guêpier irakien et avoir laissé derrière elle une démocratie naissante mais, même alors, deux grandes questions resteraient posées. La première est de savoir si chiites, Kurdes et sunnites sauront parvenir à un partage durable du pouvoir et des richesses pétrolières avant que les pays limitrophes ne transforment l’Irak en champ de leurs affrontements. Rien ne le garantit encore et la seconde question est de savoir comment l’Irak, majoritairement chiite, pourra échapper à la force d’attraction de l’Iran, pays phare du chiisme qui compte bien y prendre la place des Etats-Unis. Y compris chez les chiites, il y a un nationalisme irakien d’autant plus vif que l’Iran n’est, aujourd’hui, guère séduisant. Rien n’est joué pour Téhéran mais ses agents sont très actifs en Irak et son argent y coule à flots.

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