En direct de Moscou.

Les fraudes sont multiples. Elles sont si grossières que, sans même parler de l’avantage éhonté que les télévisions avaient donné à Vladimir Poutine, ce n’est en rien une élection régulière mais, ce constat fait, où en est aujourd’hui la Russie, vingt ans après la dissolution soviétique ?

Fraude ou pas, ce pays n’a pas totalement rejeté Vladimir Poutine. Sans doute aurait-il dû y avoir un second tour mais personne d’autre que le vainqueur d’hier, aussi contesté qu’il soit maintenant, ne l’aurait alors emporté parce que l’opposition à peine naissante demeure divisée, qu’elle n’a pas encore trouvé de chef de file indiscuté et que la Russie profonde, surtout, celle des campagnes et des petites villes de l’industrie soviétique en faillite, vit dans une bien trop grande misère pour y ajouter les incertitudes d’un changement politique.

Contrairement à celle des grandes villes, cette Russie là reste reconnaissante à Vladimir Poutine d’avoir restauré un Etat après le Far West des années Eltsine et d’avoir arrêté en Tchétchénie, avec la sauvagerie que l’on sait, l’éclatement du pays. Aussi faussé qu’il ait été, le vote d’hier a confirmé l’existence de deux Russie mais, deuxième question, comment ce président revenu au Kremlin pourra naviguer entre elles et ne pas accentuer ce divorce ?

C’est une vraie question, c’est la question car la Russie des villes, celle qui est entrée en sécession depuis septembre, est la Russie utile, celle de la création d’entreprises et de l’emploi, des gens formés et de l’argent. Sauf à conduire son pays à une complète régression, Vladimir Poutine ne peut pas ignorer cette Russie-là. Il peut encore moins lui faire tirer dessus ou l’écraser sous les bombes. D’une manière ou d’une autre, il devra composer avec la classe moyenne et le sait si bien que dans son discours de remerciement, il a fait la différence, hier, entre le « désir de renouveau » et « les provocations politiques » et que le président sortant, Dmitri Medvedev, vient d’annoncer un réexamen du procès de Mikhaïl Khodorkovski, l’homme d’affaires qui avait préfiguré cette révolte des classes moyennes que ce régime avait jeté en prison il y a neuf ans.

Ce pouvoir hausse le ton en dénonçant les opposants comme des créatures de l’étranger mais, hier, sur une grande chaîne télévisée, le chef du groupe parlementaire de Russie unie, le parti du pouvoir, expliquait que des questions importantes avaient été posées ces derniers mois, qu’elles étaient fondées et demandaient des réponses, que des temps nouveaux s’ouvraient et qu’ils étaient au dialogue. On verra. Il est loin d’être prouvé que Vladimir Poutine veuille et sache forcer sa nature mais le fait est que les classes moyennes issues de l’après-communisme constituent désormais une nouvelle et incontournable bourgeoisie qui, comme dans la France de 1788 ou la Russie de 1905, veut mettre terme à la monarchie absolue et instaurer l’état de droit.

Il y a deux Russie, mais celle qui compte veut en finir avec l’arbitraire et ses chefs de file se disent sûrs de pouvoir arracher au Kremlin, sous la pression, des compromis progressifs qui mèneraient pas à pas à la démocratie. Ce n’est pas inconcevable mais c’est une longue et difficile partie qui commence.

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