A quoi se mesure la grandeur d'un pays ? A ses statistiques, tout simplement. Et les statistiques officielles russes font froid dans le dos : diminution de la population, natalité en berne, émigration sous-estimée.

Je vais vous vous confier un secret : avant de parler d'un pays ou d'une situation, 1/ ouvrez une carte ; 2/ étudiez la démographie du pays en question. L'Algérie est dans la rue ? Normal, plus de la moitié de sa population n'a rien à perdre : elle à 20 ans.

L'Italie a des problèmes existentiels sur son avenir et son identité ? Normal, elle a un des taux de fertilité les plus bas du monde, vieillit plus qu'aucun autre grand pays en Europe et sa population diminue chaque année.

Reste que je suis tombé hier sur un papier passionnant, publié dans la presse russe, qui reprend les chiffres de l'émigration russe.

Comment lire les statistiques russes ? En les comparant

D'abord, histoire de couper tout début de polémique, ce sont des chiffres russes, publiés par Rosstat. Ils montrent que depuis 20 ans, bon an mal an, 350 000 Russes quittent la Russie tous les ans pour s'installer en Europe ou aux Etats-Unis. Bref, en Occident.

C'est un chiffre très raisonnable. Sauf que les pays d'accueil, eux, - Etats-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne et aussi Espagne, destination prisée par les jeunes Russes – ces pays donc, comptent de 3 à 6 fois plus de migrants venus de Russie.

Comment expliquer une telle différence ? L'explication est toute bête : les statisticiens russes considèrent qu'un Russe émigre à compter du moment où il annule sa résidence en Russie. Ce que très peu de Russes font : partir, certes, mais sans injurier l'avenir.

J'ajoute par ailleurs que sur les 350 000 départs annuels, un bon nombre – environ la moitié - correspond à des étudiants qui vont étudier à l'étranger et qui, pour une partie d'entre eux, rentreront au pays.

Mais ça fait tout de même un sacrée différence entre la réalité – une fuite claire et assez massive des cerveaux russes vers l'occident – et les statistiques russes. Alors maintenant, comment parvient-on à confirmer cette sous-estimation ? Eh bien en regardant d'autres statistiques.

Un plan a 400 milliards d'euros

Par exemple celles – toutes bête – de la population russe. Il se trouve que la population russe diminue de 700 habitants par jour et de plus d'un quart de million d'habitants par an et ce depuis plusieurs années.

Non seulement le taux de natalité russe est faible – on attend, officiellement toujours, 1,65 enfants par femme cette année (c'est 1,9 en France) mais en plus l'émigration est donc sous-estimée et l'espérance de vie, notoirement catastrophique

Enfin le meilleur moyen de savoir si ces statistiques sont prises au sérieux par les Russes eux-mêmes est de suivre l'actualité : le président Poutine a annoncé le 11 février un plan d'investissement de près de 400 milliards d'euros sur les 10 prochaines années.

Avec deux priorités : la natalité et les diplômés de l'enseignement supérieur et les scientifiques. Précisément ceux qui, par dizaines de milliers emmènent loin de la Russie leur jeunesse et leurs diplômes.

Et que pensent-ils de la Russie de Vladimir Poutine, si martiale, si complotiste, si prompte à désigner l'ennemi occidental ? On leur a posé la question bien sûr. Mais en fait il suffit de lire les stats : les jeunes Russes votent avec leurs pieds et leurs valises.

Dernier chiffre : 41% des Russes entre 18 et 24 ans rêvait en 2018 de partir vivre en Occident et singulièrement en Europe occidentale. Et c'est toujours un chiffre officiel

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.