Une femme médecin a été assassinée hier à Jalalabad, là-même où trois femmes journalistes avaient été tuées deux jours plus tôt. Une vague de meurtres ciblés qui ajoute à l’incertitude de la fin annoncée de la guerre américaine.

Funérailles mercredi 3 mars de l’une des trois femmes journalistes assassinées dans la ville de Jalalabad, à l’est de Kaboul, un meurtre revendiqué par la branche afghane de l’État islamique.
Funérailles mercredi 3 mars de l’une des trois femmes journalistes assassinées dans la ville de Jalalabad, à l’est de Kaboul, un meurtre revendiqué par la branche afghane de l’État islamique. © AFP / NOORULLAH SHIRZADA / AFP

Une jeune femme médecin afghane se rendait à son travail hier matin, dans la ville de Jalalabad, à 80 km à l’est de Kaboul. Elle a été tuée par un engin explosif placé dans son véhicule. Deux jours plus tôt, dans le même secteur, trois jeunes femmes journalistes, agées entre 20 et 25 ans, travaillant pour une télévision locale, avaient été abattues lors de deux incidents séparés ; trois mois plus tôt encore, Malala Maiwand, 26 ans, présentatrice de cette même chaîne, Enikass-TV, était abattue au volant de sa voiture.

Ces assassinats, et bien d’autres encore, sont clairement ciblés et mettent l’Afghanistan sous tension, une fois de plus ; ou simplement un peu plus que d’ordinaire. Les cibles ne sont pas anodines, ce sont des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, des membres de la société civile, des jeunes éduqués, issus de cette nouvelle génération qui représente un espoir pour l’Afghanistan… et que les tueurs veulent détruire.

Les assassinats de Jalalabad ont été revendiqués par la branche afghane de l’État islamique, Daech, qui fait de la surenchère par rapport aux autres forces islamistes, Al Qaeda ou les talibans, responsables par ailleurs d’autres actes de violence.

Pourquoi maintenant ? 

L’Afghanistan arrive au bout d’un cycle, celui de la "guerre sans fin", comme on l’appelle, menée par les États-Unis depuis bientôt vingt ans, depuis les attentats du 11 septembre lancés par Al Qaeda à partir de son sanctuaire afghan. 

Il y a un an presque jour pour jour, l’administration Trump concluait un accord avec les talibans, la principale force d’opposition armée dans le pays, ouvrant la voie à la fin de cette guerre. Une date butoir était même fixée pour le départ des dernières troupes américaines : mai 2021, dans à peine plus de deux mois. 

Des négociations difficiles sont actuellement menées à Doha, au Qatar, entre Afghans pour trouver les modalités de l’après-guerre américaine ; mais elles sont dans l’impasse. L’administration Biden à Washington a gelé toute décision en attendant de réévaluer la situation.

C’est cette incertitude, ce saut dans l’inconnu, qui explique la montée de la violence, de l’intimidation, de la peur.

L’Afghanistan reste prisonnier des logiques de guerre, et c’est assez compréhensible : ça fait plus de 40 ans que ce pays n’a pas connu autre chose, avec les Soviétiques, les Américains et leurs alliés dont la France pendant plusieurs années, les luttes inter-afghanes, le terrorisme. 

Mais parallèlement, il y a aussi une nouvelle génération qui aspire à autre chose, comme cette équipe féminine de robotique qui fait des merveilles, ou ces jeunes femmes médecins ou journalistes qu’on assassine aujourd’hui car trop "occidentalisées".

Fatima Gailani, une des quatre femmes négociatrices afghanes présentes à Doha pour les discussions avec les talibans, a lancé un appel à ces derniers après les meurtres des trois journalistes. Les talibans ont nié leur participation, mais elle les appelle à aller plus loin, à condamner ces actes ; et à bâtir un Afghanistan dans lequel ces jeunes éduqués auraient toute leur place.

Mais les calculs des uns, les dogmes des autres, continuent d’imposer une logique de guerre qui empêche de tourner la page de la violence. L’Afghanistan n’a pas fini de compter ses morts.

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