On peut naturellement en sourire. De l’UMP aux trotskistes maintenant unis, en passant par l’UDF, les socialistes, les Verts et les communistes, il n’y a pas une force politique française qui ne veuille marquer aujourd’hui une proximité, voire une convergence avec les altermondialistes. A l’exception du Front national, désormais pro-américain et de plus en plus libéral, c’est ainsi toute la France, toute sa palette d’opinions, qui se trouve maintenant quelque chose de commun avec ce mouvement, né de la dénonciation de Davos, du grand rendez-vous annuel des responsables économiques et politiques des cinq continents, et qui réunit, mercredi prochain, ses militants européens pour trois jours de débats en région parisienne. Cet unanimisme, oui, prête à sourire tant l’abîme paraît immense entre le parti de Jacques Chirac et la nouvelle génération de l’extrême-gauche, directement issue du rejet de la réforme du système des retraites promulguée par la majorité présidentielle. Alliance des contraires se dit-on mais, à bien y regarder, peut-être est-ce là la première manifestation d’un grand remodelage des échiquiers politiques occidentaux provoqué par cette nouvelle donne qu’est la mondialisation. Car devant ce gigantesque bouleversement en cours, devant cette réduction du monde à une scène économique unique, même interdépendance, mêmes problèmes, même recherche de solutions, les frontières de la gauche et de la droite, forcément, bougent - comme dans toute période de grand changement. L’extrême-gauche a beau se dire anticapitaliste, le fait est qu’elle vient d’abandonner la dictature du prolétariat et ses rêves de Grand soir. Les socialistes, les Verts, les communistes ont beau diverger sur tout, le fait est qu’ils sont tous réformistes. Quant à la droite, celle du moins qui est au pouvoir en France comme celles des autres pays européens, elle est en fait centriste, attachée à la protection sociale et au rôle arbitre de l’Etat, à ce modèle européen qu’elle veut, certes, faire évoluer, comme la gauche, mais préserver et non pas détruire. Aussi différentes soient-elles, toutes ces forces sont ainsi moins éloignées les unes des autres qu’elle ne le sont, ensemble, des libéraux, du courant aux yeux duquel l’Etat est l’ennemi, l’impôt par nature détestable et toutes les formes de protection sociale des entraves au développement économique qui ne saurait progresser que par le triomphe des plus forts sur les plus faibles. Aujourd’hui, bientôt en tout cas, la frontière entre droite et gauche ne séparera plus les gauches et les droites du siècle passé mais les partisans, d’un côté, d’une régulation de l’économie mondiale et ceux, de l’autre, d’une totale liberté des marchés. Dans l’économie mondialisée, cette évolution est mondiale. Elle est à l’œuvre en France et dans toute l’Europe, en Amérique latine comme en Asie, aux Etats-Unis et en Afrique. Le nouvel échiquier politique mondial, partout, se cherche. Il n’est pas si surprenant que l’altermondialisme, la quête d’une autre mondialisation, intéresse tant tous les partis français.

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