Il y a, dans cette crise, un cas d’école. D’un côté, les Etats-Unis savent que, sans le soutien d’un gouvernement fort au Pakistan, la guerre d’Afghanistan est perdue. De l’autre, ils savaient tout aussi bien que, sans retour à la démocratie, ce même pays, l’un de leurs principaux alliés du monde musulman, risquait de bientôt plonger dans une instabilité chaotique tant l’opposition à la dictature du général Musharraf s’est affirmée depuis un an. Les Etats-Unis avaient donc tout fait pour favoriser un compromis entre le général-président et l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto. Pervez Musharraf resterait aux commandes de l’Etat. Autorisée à rentrer d’exil, Mme Bhutto deviendrait, elle, chef du gouvernement au terme des législatives de janvier prochain. L’opposition démocratique et l’armée feraient front, en clair, contre l’opposition islamiste, contribuant à une stabilisation intérieure et garantissant l’appui pakistanais aux forces de l’Otan dans la bataille contre les taliban afghans. Il y avait des mois que la diplomatie américaine travaillait à ce plan mais le général Musharraf a préféré décréter, samedi, l’état d’urgence, muselant la presse, repoussant les élections et faisant jeter en prison quelques cinq cents opposants dont le Président de la Cour suprême, le premier de ses adversaires. Pervez Musharraf a pris cette décision pour deux raisons. Il n’ignore d’abord pas qu’il est tellement indispensable aux Etats-Unis qu’il peut leur déplaire sans grand risque. Financièrement parlant, il dépend d’eux mais, quelle que soit leur fureur, les Etats-Unis ne peuvent pas lui couper les vivres sans que la situation afghane ne devienne encore plus précaire et que le Pakistan, pays de 160 millions d’habitants doté de l’arme atomique, n’entre dans une incertitude dont ses islamistes, liés à al Qaëda pourraient vite bénéficier. Le général Musharraf n’avait, en fait, pas grand-chose à craindre des Etats-Unis alors que le compromis qu’ils avaient voulu lui dicter était extrêmement menaçant pour lui car Mme Bhutto serait devenue une rivale de poids après les élections et qu’il n’était pas certain, surtout, que la Cour suprême valide, dans les jours prochains, le nouveau mandat que le Parlement sortant, une Chambre à sa main, lui avait accordé bien qu’il soit encore chef des armées. Autrement dit, même quand les Etats-Unis se montrent plutôt raisonnables, voulant favoriser la démocratisation du monde islamique, ils se heurtent à leur affaiblissement et aux réalités de pays dont ils se croient toujours maîtres – à cet étrange mélange, en l’occurrence, qu’est le Pakistan où l’armée est toute puissance depuis la fondation de cet Etat en 1947 mais où le respect des formes légales, hérité de la Grande-Bretagne, pèse, pourtant, d’un grand poids. C’est une crise de plus dans le grand Proche-Orient mais, parallèlement, ailleurs, des espoirs renaissent dans la région. France en tête, les Occidentaux ont engagé ce week-end, un grand marchandage avec la Syrie sur l’avenir du Liban. Plus important encore, le Premier ministre israélien parle maintenant, comme le Président palestinien, d’un accord de paix en 2008.

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