Dans ces trois mots qui l’avaient projeté sur le devant de la scène, dans ce « Yes, we can », il y avait, bien sûr, tout ce que l’Amérique comme le monde avaient entendu. « Oui, nous le pouvons », cela voulait évidemment dire « Oui, je le peux », je peux devenir le premier Noir à entrer à la Maison-Blanche mais, maintenant qu’un incroyable triomphe l’y porte, avant même que tous les décompte ne soient achevés, l’important est ailleurs. L’important, c’est déjà l’autre sens de ces mots qui voulaient également dire que, oui, l’Amérique pourrait relever tous les défis auxquels elle est confrontée – l’impopularité internationale que Georges Bush lui a value, deux guerres à finir alors qu’il ne s’agit pas, seulement, de plier bagages, un déficit budgétaire abyssal, une désindustrialisation menaçante, la fin du monopole occidental sur la conduite du monde, des alliés européens qui s’affirment et maintenant, en plus, ce qu’il ne savait pas alors, une récession mondiale provoquée par les aberrations d’une système financier libéré de tout contrôle. Nul ne sait s’il le pourra mais la certitude est que les Américains ne se sont pas trompés. En le choisissant lui, dans les primaires puis hier, ils ont mis toutes les chances de leur côté car d’un coup, par cette seule élection, l’Amérique redevient cet exemple de démocratie dont Guantanamo avait fait une moquerie. Cela désarme beaucoup des hostilités les plus inquiétantes pour les Etats-Unis.Une Amérique qui a choisi de s’incarner en un métis, chrétien mais de père musulman, ne peut plus être aussi facilement diabolisée, par tous les djihadistes de la terre, comme le fer de lance d’une croisade judéo-chrétienne. Personne ne peut plus haïr cette Amérique-là et c’est le premier, l’immense, atout de ce nouveau président qui bénéficiera, aussi, de la détermination montrée dans sa campagne et du soutien d’un Congrès majoritairement démocrate. Tout cela n’est pas rien. C’est beaucoup, mais ce n’est pas tout. Sur la scène intérieure, sa popularité et l’ampleur de la crise économique vont lui permettre de faire accepter aux plus riches, entreprises et individus, les augmentations d’impôts que requièrent les déficits. Elles pourraient aussi l’autoriser, comme son entourage le souhaite, à renchérir les prix de l’énergie afin de réduire la dépendance pétrolière et le déficit commercial des Etats-Unis. Ce président pourra invoquer la faillite laissée par son prédécesseur pour imposer, à la fois, des sacrifices et un retour à des politiques de stimulation de la demande par l’investissement public. Il trouvera, là, un langage commun avec les Européens qui travaillent aussi à des plans de relance keynésienne mais il arrive, également, aux commandes à l’heure où baisse, enfin, le niveau des violences irakiennes ; où le président iranien est de plus en plus contesté à Téhéran ; où les idées de compromis ont beaucoup progressé en Israël et où l’addition des crises internationale commence à faire si peur que beaucoup de capitales, même les moins amies des Etats-Unis, seraient soulagées de pouvoir négocier avec eux un modus vivendi. « Yes, we can » ? C’est loin d’être joué mais peut-être.

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